L’étrange collaboration entre Joe Dumars et Adrian Wojnarowski

Personne n’ignore qui est Adrian Wojnarowski dans le paysage NBA. Saison après saison, ses « Woj-Bomb » animent drafts, free-agencies et autres périodes de rumeurs. Wojnarowski sait tout, sur tout le monde et avant les autres. Si le Woj est si efficace, il le doit principalement à son réseau, composés d’anonymes qui lui leakent tous les secrets des coulisses. Mais parfois certaines de ces « taupes » se font démasquer, comme il en a été question pour Joe Dumars sur la fin des années 2000.

Lors du dernier épisode des Chroniques de Motor City, nous avons dépeint le portrait de Joe Dumars lors des ses années comme General Manager des Detroit Pistons de 2000 à 2014. S’il est difficile de trancher sur la question de l’efficacité de Dumars (entre un titre en 2004 et des erreurs aussi grossières que le recrutement de Josh Smith, notre cœur balance), il est au moins acquis que Dumars a connu ses principaux succès pendant la première moitié de sa carrière. Ainsi sous sa direction, les Pistons sont devenus une équipe capable de jouer régulièrement le titre NBA, atteignant six fois consécutivement la finale de la Conférence Est.

Mais à partir de 2008, la machine déraille et Joe Dumars multiplie les erreurs. Si son péché originel est d’avoir échangé son capitaine Chauncey Billups contre un Iverson en bout de course, les contrats exorbitants donnés à Ben Gordon, Charlie Villanueva ou Josh Smith, tout ses erreurs systématiques sur les hauts choix de draft sont d’autres mauvaises décisions du GM Joe Dumars. Mais il y a plus intéressant concernant tous ces mouvements : sur la période entre 2008 et 2012, chaque histoire autour des Pistons sortait très rapidement chez Adrian Wojnarowski chez Yahoo Sports à l’époque. Concernant les Detroit Pistons, l’insider, qui n’était pas encore le taulier d’aujourd’hui, battait pourtant systématiquement ses concurrents.

Qu’elles soient cruciales ou anecdotiques, les décisions de Joe Dumars apparaissait d’abord chez Wojnarowski. Il est le premier à avoir parlé du trade d’Allen Iverson, des signatures de Ben Gordon et Charlie Villanueva, celles de Josh Smith et Brandon Jennings, ainsi que des recrutements des coachs Kuester et Cheeks. Implanté au plus profond du vestiaire, Wojnarowski a aussi eu la primeur sur les conflits entre les joueurs et Kuester, ainsi que sur le licenciement express de Mo Cheeks. Lors des soirées de draft, il a annoncé avant tout le monde les sélections d’Austin Daye, de Greg Monroe ou de Brandon Knight. Même les mouvements plus confidentiels comme le trade incluant Amir Johnson, celui d’Aaron Afflalo ou la signature de Tracy McGrady ont été éventés par l’insider.

Adrian Wojnarowski et sa relation avec les Pistons

Wojnarowski qui protège Dumars en échange d’infos

Cette proximité du Woj auprès de l’organisation des Pistons avait déjà étonné sur la fin des années 2000. A la suite d’une enquête de The New Republic, il est ensuite apparu que si Wojnarowski faisait fuiter de nombreuses transactions de la franchise de la Motor City, il n’écrivait aucun autre article à propos de la décadence de l’équipe. Entre 2008 et 2012, Adrian Wojnarowski n’a publié pas l’ombre d’un article négatif sur Joe Dumars ou sur l’organisation des Pistons ! Et c’est même le contraire puisque le Woj a rempli la colonne « Pistons » avec plusieurs articles élogieux sur Dumars, dont un sur son diplôme universitaire et un autre consacré à ses talents défensifs au sein des Bad Boys dans les années 1980.

Lire aussi  Les Chroniques de Motor City #25 : Record de points sur un match entre les Pistons et les Nuggets en 1983, symbole de la NBA de l'époque

Le doute n’était plus permis à ce niveau-là : Joe Dumars, le General Manager des Detroit Pistons, la personne qui prenait les décisions les plus importantes était bel et bien la taupe d’Adrian Wojnarowski. Le deal entre les deux hommes n’a évidemment jamais été dévoilé au grand jour mais les faits étaient là : Dumars donnait au Woj la primeur des informations sur l’une des franchises les plus en vue de l’époque et en échange, l’insider préservait le Manager de toute critique.

Sauf que le « journaliste » n’a pas franchement fait dans la discrétion. En 2012, Wojnarowski, devant les performances médiocres des Pistons , a écrit un article sur la reconstruction à venir de la franchise. Très optimiste et complètement déconnecté de la réalité, l’article présentait Joe Dumars comme une pièce très engagée dans ce renouveau avec cette phrase hilarante à posteriori :

Lentement, sûrement, Dumars régénère à nouveau les Pistons.

La réalité a, bien sur, été plus terre à terre. Au cours des deux saisons suivantes, les Pistons ont par deux fois essuyé 53 défaites, sans progresser d’un iota. Alors que l’article parlait d’une forte relation entre Dumars et son coach Lawrence Frank, ce dernier se faisait renvoyer quelques mois plus tard. Définitivement Wojnarowski et Dumars étaient tombés bien bas : en quête de buzz pour l’un et d’une protection pour l’autre, ils avaient laissé de grosses preuves de leur entente cordiale.

Un petit jeu qui n’a pas fait rire la NBA

Pourtant dès 2010, les deux compères auraient du mettre fin à leur association de malfaiteurs. Si la NBA tolérait les agissements de Dumars tant qu’ils concernaient la seule franchise des Pistons, la Ligue a vu rouge à force de voir un nombre croissant de ses mémos internes fuiter chez Yahoo. Mais parmi les 30 GM de la Ligue, Dumars n’était certainement pas le seul à collaborer avec l’insider et la NBA devait avoir des preuves.

Pendant plusieurs mois, la Ligue a donc mis en oeuvre un plan digne des meilleurs films d’espionnage pour confondre le coupable : les mémos envoyés généralement en simultanée à tous les GM comportaient cette fois des chiffres ou des infos différentes pour chaque franchise. Une fois que ces mémos avaient fuité dans la presse, la NBA pouvait donc voir quelle variable était sortie et ainsi identifier le coupable. C’est ainsi qu’elle a pu confondre le GM des Pistons et lui coller une amende record de 500 000 $ pour avoir divulgué plusieurs de ces mémos confidentiels à Wojnarowski. Pris la main dans le sac tel un enfant, Joe Dumars et l’organisation des Detroit Pistons avec lui, n’a jamais contesté cette amende.

Vous aimerez aussi...