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Ce jour où les Pistons ont gagné le match avec le moins de points de l’Histoire de la NBA

Fort Wayne Pistons vs lakers

Le 22 novembre 1950, les Fort Wayne Pistons et les Minneapolis Lakers ont joué le match le moins prolifique de l’Histoire de la NBA. Au terme de 48 minutes éprouvantes, les Fort Wayne Pistons se sont imposés contre le champion en titre sur le ridicule score de 19 à 18. Les Pistons ont profité des failles du système et ont contraint la Ligue a faire évoluer son règlement.

Ce match a eu lieu lors de la 2ème saison NBA. La Ligue s’etait lancée en 1949 avec 17 équipes, dont les Fort Wayne Pistons et les Minneapolis Lakers de la superstar George Mikan, qui remportent le premier titre de l’Histoire. Mais dès l’année suivante pour la saison 50-51, la NBA ampute de sa Ligue 6 équipes, pour ne compter plus que 11 franchises. Le jeu de l’époque est encore balbutiant mais les deux équipes, tournaient tout de même 82.8 pts/match pour les Lakers et 84.1 pour les Pistons. Rien n’annonçait donc la purge à venir.

Le 22 novembre 1950 donc, les Fort Wayne Pistons de Larry Foust jouent leur 12ème match de la saison sur le terrain des Minneapolis Lakers. Leur bilan est à peine positif avec 6 victoires pour 5 défaites. Fort Wayne est une bonne équipe qui a fini la saison précédente à 40 victoires pour 28 défaites, leur permettant d’accéder à la 3ème place de la Central Division. Une bonne équipe donc, mais pas excellente, contrairement à ses adversaires du jour les Lakers.

La franchise basée à Minneapolis rayonne sur le basket des années 50, portée par George Mikan. Depuis la draft du pivot en 1947, les Lakers ont gagné le titre NBL 48, le titre BAA 49 et le premier titre NBA en 1950. Pivot de 2m08, Mikan est le 1er grand à dominer le basket américain. Le Laker est même tellement dominant qu’il va contraindre la NCAA et la NBA à mettre en place des règles comme le goaltending ou les 3 secondes dans la raquette pour réduire son influence.

Quand les Pistons débarquent, ils se préparent donc à affronter les champions en titre menés par Mikan, une équipe invaincue à domicile depuis 29 matchs, soit presque un an. La saison précédente en 1949-1950, les Lakers n’avaient été battus qu’une seule fois à l’Auditorium contre les Chicago Stags 82-96. Les Pistons, eux, ont échoué à chaque fois qu’ils ont du rencontrer Mikan. Le coach Murray Mendenhall oscille d’ailleurs entre émerveillement et esprit de combat lorsqu’il évoque le géant des Lakers :

Il n’y a qu’un seul Mikan. Cela fait trois ans que j’essaie de faire quelque chose pour lui, mais rien ne fonctionne.

La stratégie du pourrissement pour Fort Wayne

Il y a un gouffre entre ces deux franchises. D’un côté, une équipe tout juste correcte et de l’autre une équipe triple championne dans 3 ligues différentes, portée par l’incontestable meilleur joueur de basket de la décennie, dans une salle où ils n’ont pas connu la défaite depuis 3 ans. Pensants avoir tout essayé et convaincus de ne pas pouvoir l’emporter à la loyale, la franchise de Fort Wayne va alors essayer autre chose et va mettre en place un pourrissement du match qui nous mènera à ce score de 19 à 18.

Dès la première action du match, la stratégie des Pistons se met en place : lors de l’entre-deux, les Fort Wayne Pistons récupèrent la balle et alors que les Lakers mettent en place leur défense, autour de Mikan, Pollard et Mikkelsen, Larry Foust, le pivot des Pistons bloque la balle sur sa hanche et s’immobilise ! La première attaque des Pistons ne viendra pas, ou du moins pas sans y être forcé : Foust a reçu l’ordre strict de Mendenhall de ne rien faire jusqu’à ce que les Lakers sortent pour venir jouer le un contre un.

En ne jouant pas du tout et en laissant le chrono s’égrainer, le coach des Pistons espère pourrir le match et sortir les Lakers de leurs certitudes. Les arbitres du match, Stan Stutz et Jocko Collins, sont eux aussi surpris et demandent à Mendenhall et aux Pistons de jouer au basket. Mendenhall campe sur ses positions et contre-attaque en accusant Minneapolis de défense de zone illégale, une accusation que l’entraîneur des Lakers, John Kundla n’accepte pas.

La salle entière commence à gronder : pendant qu’arbitres et coachs se renvoient la responsabilité et que les Pistons restent impassibles au milieu du terrain, les 7 021 personnes présentes à l’Auditorium de Minneapolis commencent à huer et à taper du pied en réponse à l’inactivité des Pistons. Tout ce qui passe sous la main des spectateurs mécontents, pièces de monnaie, journaux ou programmes du match est jeté sur le terrain à destination des hommes de Fort Wayne. Mais malgré l’ambiance suffocante, ces derniers ne bougent pas et respectent leur plan de match. La scène est à peine croyable : le joueur de Fort Wayne qui a le ballon le garde aussi longtemps que possible, et quand un joueur en a marre de tenir le ballon, il le donne à un coéquipier, qui le met ensuite sous le bras. Et ainsi de suite.

Minneapolis-Lakers-1950

Sauvé sans horloge des 24 secondes

A l’époque, l’horloge des 24 secondes que nous connaissons aujourd’hui n’existe pas. Les Pistons ont alors tout loisir de faire durer leur possession jusqu’à la fin du quart-temps. Et c’est exactement ce qu’ils comptent faire, dans l’espoir de surprendre les Lakers. Slater Martin, le meneur de Minneapolis est le premier joueur à s’agacer. Plusieurs fois dans le premier quart-temps, Martin sort presser le porteur pour forcer une perte de balle.

Mais à ce jeu, les Lakers dépensent beaucoup d’énergie pour très peu de résultat. Presser des joueurs qui n’ont pas envie de jouer n’est pas un plan viable et le cours du match commence à laisse croire que la stratégie de pourrissement mise en place par Mendenhall pourrait bien fonctionner. Mais déjà, les Lakers ont trouvé un semblant de réponse : ils se mettent à faire des fautes intentionnelles pour envoyer les Pistons sur la ligne des lancers-francs. En 1950, faire une faute alors que l’adversaire ne shoote pas n’accorde qu’un seul lancer. Derrière Minneapolis récupère le ballon et compte sur le talent de George Mikan pour marquer les quelques précieux paniers.

A la fin du premier quart-temps, joueurs des Lakers et public sont dépités. Les Pistons sont devant et mènent sur l’irréaliste score de 8-7. Ce que propose – ou plutôt ne propose pas – les Pistons ce soir-là est complètement inédit, même dans cette jeune NBA où les expérimentations sont légions. Ce refus de jeu fonctionne et déstabilise même les joueurs des Lakers qui se mettent à rater des choses évidentes quand ils ont la balle.

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Le calvaire des Lakers se poursuit dans le deuxième quart-temps mais malgré le manque de rythme, le champion NBA sort un peu la tête de l’eau. Les rares ballons disponibles passent systématiquement par Mikan et le géant des Lakers réussit à donner enfin l’avantage à son équipe avec un panier à 30 secondes du buzzer. Les Lakers rentrent au vestiaire en menant 13 à 11. Mikan est omniprésent, marquant 12 des 13 points de son équipe. Cette courte avance des Lakers change pourtant la donne : maintenant en tête, Minneapolis n’a désormais aucune raison d’aller chercher Fort Wayne. Si les Pistons veulent continuer à attendre, ils peuvent attendre jusqu’à la fin du match, comme l’expliquait le pivot Vers Mikkelsen :

Nous pensions  » Pourquoi les poursuivre ? Tant que nous étions en avance et qu’ils tenaient la balle, il était inutile d’essayer de créer quoi que ce soit. »

Duel soporifique entre Pistons et Lakers

Le piège de Fort Wayne est en train de se refermer sur eux. Quand les deux équipes reviennent sur le parquet, on se demande comment les Pistons vont réagir, espèrant secrètement qu’ils vont se remettre à jouer. Sauf qu’à la récupération de la balle, les Pistons attendent de nouveau leurs adversaires. Alors même qu’ils ont deux points de retard !

Si cette stratégie était plus ou moins compréhensible en début de match, cette fois Mendenhall semble avoir perdu la tête. Les Lakers sont n’ont plus de raisons de faire le jeu et les deux équipes se neutralisent dans un 3ème quart-temps encore plus soporifique que les autres. Fort Wayne le gagne 5-4 et les Lakers ne mènent plus que d’un point, 17 à 16 au début du 4eme quart.

La tension est à son comble et plus personne ne joue. Les Pistons restent sur leur stratégie initiale et les Lakers veulent battre Fort Wayne à son propre jeu. Il faut attendre la moitié du quart-temps pour voir Larry Foust marquer un lancer franc. Egalité 17-17 à 6:10 de la fin. 12 secondes plus tard, Jim Pollard coté Lakers marque un aussi un lancer et Minneapolis repasse en tête. 18-17. 5:58 à jouer.
Pistons et Lakers se regardent dans le blanc des yeux, comme une sorte de partie d’échec pas très inspirée. A 30 secondes de la fin, Fort Wayne joue son va-tout et presse pour récupérer la balle, chose réalisée à neuf secondes de la fin en forcant un turnover.

Paul «Curly», Armstrong récupère le ballon et le donne immédiatement à Larry Foust. Le pivot des Pistons shoote en marque un petit hook au-dessus des longs bras de Mikan. Les Pistons repassent devant de manière inespérée 19-18.
La prière envoyée par Martin au buzzer est ratée et les Fort Wayne Pistons gagnent le match le moins prolifique de toute l’histoire de la NBA. Les Pistons ont gagné en refusant de jouer et les Lakers sont tombés dans le panneau. La foule est en colère contre les visiteurs, et Johnny Oldham, l’arrière des Pistons, est témoin de la pression montée de quelques crans dans l’Auditorium :

Tout le monde était très énervé. On s’est pris des coups de poing en rentrant aux vestiaires. Une femme enceinte m’a frappé sur le dessus du crâne avec un parapluie. On m’a aussi touché l’arrière de la tête avec une serviette mouillée. Nous, on voulait juste rentrer aux vestiaires, mais il y avait une bonne distance à parcourir.

Des mots sont échangés du côté des coachs. John Kundla, entraîneur des Lakers déclare qu’après quelques matchs supplémentaires comme celui-là, la NBA peut mettre la clé sous la porte. Mendenhall lui ne voit pas le problème et voulait juste « une chance contre ces géants du basket »

Du coté de la presse, les avis sont plus partagés. Si le chroniqueur sportif Charlie Johnson a qualifié ce match de «tragédie sportive», l’éditorialiste Dick Cullum du Minneapolis Tribune a défendu la tactique des Pistons comme la meilleure chance de gagner. Le journaliste a même considéré le match comme un sujet d’ étude remarquable, ce qui «pourrait en quelque sorte être le meilleur match de basket-ball joué par les pros à Minneapolis».

De son coté, la NBA voit d’un mauvais œil cette situation. Un match qui se termine à 19-18 risque de d’inspirer d’autres coachs jusqu’à ce que chaque petit se dise que de refuser le jeu est la meilleure façon de gagner. La Ligue reprend les choses en main par l’intermédiaire de son président Maurice Podoloff : il déclare que les équipes ont fait preuve d’un mépris total pour l’intérêt des supporters vu le type de match qu’elles ont joué et organise une réunion avec Max Winter, GM des Lakers, les arbitres ainsi que les coachs Kundla et Mendenhall (qui n’ont pu venir puisque leurs équipes avaient un match ce soir-là).

Pistons Lakers 1950 : 19-18

Jamais un match NBA ne connaîtra aussi peu de points marqués

Pour mettre fin à cette faille dans le règlement, la NBA va donc faire évoluer ses règles pour limiter le temps d’une possession. C’est ainsi que naît l’horloge des 24 secondes. Mais ce changement n’est pas introduit juste après ce match surréaliste entre Pistons et Lakers. Il faut attendre 4 ans plus tard, lors de la saison 1954-1955 pour que ce système a est mis en place.

Mais pourquoi 24 secondes? Ce chiffre est inventé par Danny Biasone, le propriétaire de l’époque de l’équipe de Syracuse. Biasone a calculé qu’un match agréable comporte environ 60 tirs par équipe, soit 120 tirs dans le match au total. 120 tentatives divisées par les 48 minutes d’une match NBA donne un tir toutes les 24 secondes !

Lors de l’adoption de la règle en 1954, l’effet est immédiat pour la Ligue : la moyenne passera de 79 points par match en 53-54 à 93 en 54-55, puis 107 en 57-58. Mais déjà après le match le plus long entre Fort Wayne et Minneapolis, les équipes avaient conclu un «gentleman’s agreement», promettant de ne plus recourir à de telles tactiques à l’avenir. Les blocages de chronomètres ont persisté sur les fins de matchs mais un match complet comme celui vécu à l’Auditorium n’a plus jamais été vu dans la NBA.