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A la rencontre de Gregg Polinsky, stratège en charge de la draft pour les Pistons

Gregg Polinsky | Draft Detroit Pistons

Alors que les Detroit Pistons choisiront en 15ème et en 45ème le 20 Juin pour la Draft NBA 2019, le Detroit Free Press est allé à la rencontre de Gregg Polinsky, Director of Player Personnel. Responsable du scoutisme et donc de la draft chez les Pistons, Polinsky a passé avant cela presque 20 ans chez les Nets où il a gagné l’estime de toute la Ligue.

Un des premiers à intégrer le staff de Ed Stefanski, Gregg Polinsky est vu comme un stratège très humble, qui collabore en toute harmonie avec Malik Rose et Pat Garrity au sein du front-office des Pistons. Avant sa première draft avec Detroit, il a expliqué au Free Press sa philosophie. Traduction pour tous les fans des Pistons en France

L’interview de Polinsky au Detroit Free Press

Free Press : Commençons par une question sur votre mode de vie, un regard sur le chemin que vous avez choisi. C’est un travail difficile. Stressant. Vous choisissez ces joueurs, vous espérez qu’ils sont de bons choix. Vous voyagez. C’est dur pour les familles. Pourquoi avez-vous choisi cette vie ?

Polinsky : Je ne suis pas assez intelligent pour faire autre chose, alors autant commencer par ça. Mais j’ai la chance d’être l’une de ces personnes qui se passionnent pour ce qu’elles font. Ce n’est pas un travail, c’est un mode vie. Et je l’ai toujours vu ainsi. Quand j’ai été entraîneur, j’ai eu 18 bonnes années. C’était amusant de passer toutes ces étapes. Ce que signifie avoir du succès, ce que signifie partager le succès. Mais cela me semblait être une progression très naturelle. Ce travail vous enseigne l’humilité et si vous ne l’étiez pas avant votre arrivée, vous le deviendrez certainement après l’avoir fait. Je fais ce travail depuis 21 ans et j’ai été très chanceux de continuer à le faire.

FP : Très bien, mais quel plaisir retirez-vous de ce travail ? À la base, vous êtes un scout qui vit et meurt de choses qui échappent à votre contrôle.

Polinsky : À tout moment, d’un point de vue personnel, vous pouvez trouver CE gars et c’est gratifiant. Mais du côté opposé, il y a les gars qui ont échoué. Je ne vais pas nommer de noms, mais vous pouvez les trouver. On m’a demandé : « qu’est-ce qui fait de vous le bon candidat pour ce poste ici chez les Pistons? » Ce sont les expériences qui ont échoué encore plus que les succès. Qu’avons-nous avons fait dans le processus ? Soyons intelligents. Revenons en arrière et regardons, qu’avons-nous manqué ? Qu’avons-nous raté dans cette vue à 360 degrés de ce joueur, de cette personne ? Avec le temps, vous devriez vous améliorer dans toutes ces choses. Vous devriez pouvoir prendre les variables qui causent l’échec et les transformer en succès. Nous espérons faire la même chose ici à Detroit.

FP : Suivez-vous les mock draft ?

Polinsky : Ils n’ont pas de sens car nous avons un travail à faire ici. Nous évaluons les gars différemment. Elles sont parfaites pour les fans. Je le comprends. Parfois, elles sont même correctes avec certains joueurs. Mais pour nous, si vous n’avez pas de norme et que vous n’avez pas de formules et de processus que vous allez utiliser, et que vous allez être influencé par l’opinion publique dans vos choix, alors vous n’allez pas durer très longtemps.

FP : Avez-vous remarqué la colère des fans des Lions de Detroit lorsque T.J. Hockenson a été sélectionné lors du premier tour de la draft NFL 2019 en raison du passif avec l’ancien membre des Lions Eric Ebron ?

Polinsky : Je pense qu’il y a beaucoup de variables. Je ne pense pas que ce soit tout noir ou tout blanc. Il y a beaucoup de choses qui entrent en ligne de compte. Il y a beaucoup de choses à voir avec la free agency. Il y a beaucoup de choses avec votre coaching staff. S’il y a deux gars qui sont proches, vous pouvez peut-être examiner d’autres choses, des variables qui entrent dans votre décision finale de prendre un gars ou pas. Mais pour revenir à ce que vous dites réellement, je pense que c’est assez juste. Vous ne pouvez pas vous inquiéter du consensus. Le temps nous le dira. N’essayez pas de convaincre lors de la conférence de presse. Je veux voir où ce mec va être, espérons-le, dans un an. Nous nous donnons vraiment une fenêtre de trois à quatre ans pour dire s’il s’agissait d’un bon choix ou d’un choix médiocre. Vous voulez que ce joueur soit vraiment bon pour les Pistons, mais sinon, ces gars deviennent aussi des atouts. On voit tout le temps d’autres équipes qui développent leurs propres joueurs et qui sont maintenant en mesure d’utiliser certains de ces gars- « utiliser » est un mauvais mot – pour les mettre dans un deal visant à obtenir un joueur plus expérimenté ou un star.

Je pense que la patience est une chose qu’on oublie trop souvent. Pour les fans, il est difficile d’être patients. Il est difficile pour nous aussi d’être patients. Il est difficile pour les coachs d’être patients lorsque vous prenez un gars. Mais lorsque nous recrutons de jeunes gars, ce n’est pas parce qu’ils sont grands et qu’ils gagnent beaucoup d’argent qu’ils sont adultes. Nous devons comprendre que dans de nombreux cas, nous avons des adolescents ou des enfants âgés de 20, 21 ans. Ils sont loin d’être ce qu’ils vont devenir en termes de réflexion, de maturité, de QI. Nous pensons à des garçons qui correspondent à ce que nous apprécions ici en tant qu’organisation, en commençant par le propriétaire, Tom Gores, Arn Tellem, puis par Ed Stefanski, puis par coach Casey. Nous sommes très inclusifs dans notre processus de draft et nous espérons tous que nous ferons le bon choix.

Gregg Polinsky | Draft Detroit Pistons

« Rendre objectif un processus de draft subjectif »

FP: J’examine trois choses lorsqu’il s’agit de prospect : la production, le fit avec l’équipe et la progression. A laquelle donnez-vous le plus de valeur?

Polinsky : La production universitaire est au moins aussi efficace que notre vision analytique et visuelle. Nous pouvons nous tromper à ce sujet parfois. Le fit pour l’organisation est vraiment important. Nous pouvons éliminer des gars tout de suite parce que nous les évaluons plus en profondeur…

FP: Là, vous parlez de la personnalité ou du fit ? Ou est-ce un tout ?

Polinsky : J’ai appris il y a longtemps que vous prenez le meilleur joueur disponible. Si vous êtes convaincu que vous obtiendrez quelqu’un à la free-agency ou que vous avez une pléthore de joueurs à un poste, ça vous permettra peut-être d’aller dans un sens. Mais j’ai appris aussi que les rosters peuvent être ajustés… Mais correspondent-ils à la culture que vous essayez de développer ? C’est là où nous en sommes. Nous essayons de développer une culture. Le dernier staff avait une façon de le faire. Après notre départ, il y aura un autre groupe qui voudra le faire à sa façon. Si vous résumiez les discussions sur la draft, j’utilise toujours une phrase : vous essayez de prendre un processus subjectif et de le rendre aussi objectif que possible.

FP : J’ai jeté un coup d’œil sur les notes de la draft 2016 lorsque les Nets ont recruté Caris LeVert. Il était blessé et n’a pas pu participer aux workouts. Que pouvez-vous nous dire sur le processus qui vous a amené à prendre LeVert au premier tour ?

Polinsky (refuse de mentionner spécifiquement LeVert, citant les règles de tampering) : Disons simplement qu’ils ont fait un très bon travail. Avec n’importe quel joueur, il y a une possibilité. Mais c’est un risque.. Pensez-vous qu’il va être un franchise player ? Pensez-vous qu’il va être un joueur de rotation ? Regardons aussi où est-ce que vous choisissez. Quelle est potentiellement la récompense et quel est le risque ? C’est quelque chose que nous examinons toujours avec un joueur. Vaut-il la peine de prendre le risque de la récompense ? Peut-être que les informations dont nous disposons, que nous devrions avoir, nous permettent de penser différemment des médias lorsqu’ils notent. Ou le public quand ils y pensent. Ou les gourous de la télévision quand ils en parlent. Nous aimerions penser que nous pouvons y arriver plus de 50% du temps.

Ce n’est pas comme si c’était juste arrivé à Brooklyn. Vous regardez les choses que vous avez bien faites et ensuite, comme je l’ai dit, vous regardez les échecs et vous revenez meilleur avec quelque chose d’assez réfléchi et qui va réussir à l’avenir.

A la sortie de la traduction de cet entretien entre le Free Press et Polinsky, il apparaît que la draft des Pistons est entre de bonnes mains avec Gregg Polinsky. Humble, le stratège ne capitalise pas sur ses succès et préfère améliorer ses échecs. Peu importe quels choix fera Detroit au soir de la draft 2019, nous pouvons être sur qu’ils seront sincères et assumés.

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