DossierHistoireNews

Quand les Pistons perdaient Rick Mahorn en pleine célébration du titre 89

Le départ de Rick Mahorn des Pistons lors de l'Expansion draft 1989

Alors qu’ils venaient juste d’être sacré champions NBA en 1989, les Detroit Pistons ont du se résoudre à laisser partir Rick Mahorn, pourtant l’un des meilleurs représentants de l’esprit Bad Boys. Mais l’Expansion Draft 1989 et l’entêtement du GM de la nouvelle franchise des Minnesota Timberwolves ont eu raison de la cohésion de ce groupe.

Le 15 Juin 1989 est une date qui compte dans l’Histoire des Detroit Pistons. Deux jours seulement après la victoire au Forum d’Inglewood dans un Game 4 qui scelle le sweep des Pistons, tout l’équipe se retrouve en communion avec les fans dans le centre-ville de la Motor City pour une grande parade, censé célébrer l’apothéose des Bad Boys.

Ils sont tous là : Isiah Thomas le leader, Joe Dumars le MVP des Finales, Bill Laimbeer, le coach Chuck Daly, les jeunes Rodman et Salley, mais aussi le Baddest Bad Boy Rick Mahorn. A ce moment-là, Mahorn ne le sait pas encore mais il s’agit de son dernier moment de joie avec cette équipe. Car en ce jour du 15 Juin, la NBA organise en parallèle un autre événement : l’Expansion Draft. En ouvrant ses portes aux deux nouvelles franchises que sont le Magic et les Timberwolves, la Ligue convoque une draft un peu spéciale où les nouveaux venus vont piocher dans les rosters des autres équipes pour se constituer un groupe de départ. Heureusement, les équipes déjà présentes ont la possibilité de protéger leurs meilleurs éléments. Mais les franchises peuvent uniquement protéger leurs 8 meilleurs éléments, ce qui pénalise une équipe avec de la profondeur comme les Pistons tout juste champions par exemple.

Le dilemme de la protection lors de l’Expansion Draft 89

Jack McCloskey le GM des Pistons et son coach Chuck Daly s’étaient longuement préparés à cette fatalité. Pendant la saison qui mènera Detroit au Graal, ils ciblent neufs joueurs que l’équipe doit absolument conserver. Parmi ces neufs-là, cinq sont prioritaires et donc protégés d’office : Isiah Thomas, Joe Dumars, Bill Laimbeer, Dennis Rodman et John Salley. Il faudrait donc sacrifier un joueur entre Vinnie Johnson, James Edwards, Mark Aguirre et Rick Mahorn. Un de ces quatre-là ne pourra pas être protégé et serait susceptible d’être récupéré par le Magic ou les Wolves.

McCloskey a passé de longues semaines à peaufiner sa stratégie. Un an auparavant, en 88 pour l’Expansion du Heat et des Hornets, il avait déjà réussi un coup de maître. En exposant Vinnie Johnson, il avait parié que le coté atypique du joueur (gros volume, ballon de porter énormément la balle) allait refroidir les ardeurs de ces jeunes franchises, qui cherchent d’abord des valeurs sures. Sa réussite lui donnait donc de bon espoir de conserver tout son roster cette fois encore.

L’idée de McCloskey était donc de laisser sans protection le joueur le plus « repoussant » de l’effectif, celui qui « fit » parfaitement avec les Pistons mais qui ne fonctionnerait peut-être pas ailleurs. A 32 ans, Rick Mahorn ressemblait au candidat idéal pour Detroit. Toute la NBA l’avait vu à la peine physiquement lors des derniers playoffs et ses douleurs chroniques au dos étaient de notoriété publique. Tous ces paramètres pouvaient potentiellement freiner le Magic ou les Wolves, en quête de valeur sûres avant tout.

Mais en bon gestionnaire Jack McCloskey avait également mesuré le risque de perdre son joueur. Et en choisissant de ne pas protéger McNasty, les Pistons acceptaient un peu mieux ce risque. Aussi important était-il, Rick Mahorn restait le joueur le plus « remplaçable » de Detroit : l’impact en sortie de banc de Vinnie Johnson était trop précieux, tout comme la menace offensive que représentait James Edwards. Le duel aurait pu se jouer entre Mahorn et Aguirre mais dans le roster des Pistons, Rodman, Salley ou Edwards étaient à leur manière capables de remplacer Mahorn dans le 5 et de amortir son éventuel départ. Malgré sa capacité à prendre les coups pour les artistes Thomas et Dumars, Rick Mahorn aura donc été unanimement choisi par le staff des Pistons pour être le joueur non-protégé.

Le Bluff perdant de McCloskey

L’Histoire nous apprendra plus tard que McCloskey, Daly et les autres ont pris leur décision lors de la Finale NBA contre les Lakers. Selon le livre de Cameron Stauth, The Franchise, le rendez-vous s’est déroulé entre le Game 2 et le Game 3. Mais une fois Rick Mahorn mis sur la sellette, le front-office des Pistons ne comptait pas pour autant le laisser partir.

Lire aussi  Top 100 Pistons - De la 10ème place à la 6ème place

Les jours précédant l’Expansion Draft, Jack McCloskey les a passé à sonder les dirigeants des deux nouvelles franchises : allaient-ils prendre Mahorn malgré tout et si oui les Pistons pouvaient-ils leur proposer un deal plus intéressant. Déjà en 88, certains GM avaient monté des échanges qui ressemblaient grossièrement à « tu ne me prend pas ce joueur et en échange je te fais une fleur ». Fidèle à sa réputation de stratège, Trader Jack avait réussi à s’entendre avec le Magic : dans un échange à trois équipes, Orlando prendrait Micheal Williams au lieu de Mahorn, puis l’enverrait chez les Pacers en plus d’un swap de choix de draft. Orlando passé, il ne restait plus qu’à faire affaire avec les Timberwolves.

Au courant de leur intérêt pour Mahorn, les Pistons ont proposé aux Wolves leur prochain premier choix de draft s’ils prenaient Michael Williams au lieu de Rick Mahorn. Malheureusement le nouveau coach des Wolves Bill Musselman voulait absolument Mahorn dans son roster. Ni son dos potentiellement en compote, ni le « cadeau » offert par Jack McCloskey n’ont réussi à convaincre les Timberwolves de changer leur plan d’attaque. Alors le 15 Juin 1989, pendant la parade des Pistons en centre-ville de Detroit, si le GM McCloskey était sur son téléphone, ce n’était pas pour recevoir les félicitations mais bien pour apprendre le départ de l’un des plus importants des Bad Boys.

Rick Mahorn, Dennis Rodman et Mark Aguirre

Mahorn, une perte que Detroit a réussi à surmonter

Quelques heures après la cérémonie, quelques heures après que Mahorn ait publiquement remercié McCloskey de son soutien lors de ses débuts compliqués à Detroit, une réunion privée avait lieu entre Jack McCloskey, Chuck Daly et Rick Mahorn pour annoncer à ce dernier qu’il partait à Minnesota. Dans le groupe des Bad Boys les jours suivants, surprises et déceptions étaient de mise, tant le roster pensait repartir au combat ensemble.

Mahorn ne portera jamais le maillot des Wolves. Il refusa de jouer dans cette nouvelle franchise et sera échangé aux Sixers contre des tours de draft en Octobre 1989. De leur côté, les Pistons démarrent difficilement la saison 1989-1990. Chuck Daly peine à trouver la bonne formule : Bill Laimbeer est seul à faire le sale boulot et Isiah Thomas est bien plus exposé qu’auparavant. Evidemment, on le sait tous, les Pistons réaliseront le back-to-back en 1990 mais au début de la saison, nombreux sont ceux qui entrevoient déjà la fin des Bad Boys.

La lumière viendra finalement de Dennis Rodman. Une fois dans le 5 de départ, Dennis se révèle être le joueur parfait pour compléter cette équipe. Dur au mal, rebondeur incroyable et défenseur d’élite, The Worm remplira parfaitement le vide laissé par Mahorn. Cette année-là, Dennis Rodman est élu Meilleur Défenseur de l’année et participe à son premier All-Star Game alors qu’il ne tourne qu’à 8 points et 9 rebonds.

Le deuxième titre consécutif donnera finalement raison à McCloskey. Sans Rodman, Edward, Johnson ou Aguirre, les Pistons n’auraient surement pas réussi une si belle campagne de playoffs, particulièrement cet affrontement dantesque contre les Bulls. Mais le départ de Rick Mahorn aura été vécu par l’ensemble du roster comme un déchirement. En revanche, on peut immédiatement balayer l’idée que le départ de Mahorn a précipité la fin des Bad Boys. En 1991, quand Detroit s’incline lourdement contre Michael Jordan, leur prime est tout simplement passé. Mahorn s’éclate peut-être à Philadelphie avec Barkley mais les Sixers se sont eux-même fait rouler dessus par les Bulls 4-1 en demi-finale de Conférence. Rick n’y joue d’ailleurs que 23 minutes par match, bien loin de sa production en saison régulière.

Mahorn et Detroit écriront un dernier chapitre ensemble. Entre 1996 et 1998, à 38 ans, McNasty reviendra dans la Motown pour encadre la jeune Teal Era de Grant Hill. Après sa carrière, Mahorn deviendra commentateur radio des Pistons puis ensuite assistant coach de son ancien coéquipier Bill Laimbeer chez le Detroit Shock en WNBA. Il sera avec cette équipe deux fois champion en 2006 et 2008. Probablement la meilleure manière de refermer la blessure infligée le 15 Juin 1989.

rick mahorn detroit shock wnba