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Derrière le surrégime des Pistons, une certaine vérité

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Les Hommes mentent mais pas les chiffres. Vraiment ? Si on écoute simplement les statistiques, les Detroit Pistons seraient l’équipe la plus chaude de la NBA depuis le All-Star Game. Auteurs de 12 victoires sur les 16 derniers matchs, les hommes de Dwane Casey sont en feu, réussissant quasiment tout ce qu’ils entreprennent. Si l’observateur avisé conclura que les Pistons sont probablement en surrégime, cette tendance n’est pas non plus le fruit du hasard. Tentative d’explication de ce regain de forme des Pistons.

Une vérité simple à constater : les shoots rentrent enfin pour les Pistons

Cette grande introduction pour simplement constater qu’au basket, on gagne si une majeure partie des shoots rentrent dans le panier ? L’argument peut paraître simpliste mais il est plein de vérité. Au cœur du mois de Décembre, quand les Pistons ne mettaient plus un pied devant l’autre, Dwane Casey ne cessait de répéter que le plan de jeu était bon et qu’il fallait simplement rentrer les shoots désormais.

Sauf qu’avant le All-Star Game, le jeu offensif des Pistons était catastrophique. A l’Effective Field Goal %, qui calcule l’efficacité en donnant plus d’importance à un 3-points qu’à un 2-points, les Pistons étaient 28ème NBA avec un très moyen 50,3% de réussite. Depuis le All-Star Game, les choses ont drastiquement changé et Detroit shoote à 54,8%, soit la deuxième meilleure marque de la période !

Le manque de confiance qui avait gangrené l’équipe lors des mois de Décembre et Janvier n’est plus là. Depuis début février, les Pistons donnent l’impression de rentrer tous leurs tirs, ce qui est factuellement vrai avec Langston Galloway qui a signé un incroyable 12/12 à 3-points lors de 3 matchs consécutifs. Là aussi, le All-Star Break est passé par là et les pourcentage de réussite individuels sur les 3-points ouverts passent de « affreux » à « très satisfaisant » : Blake Griffin passe de 39 à 47%, Reggie Jackson de 24 (!!!) à 41%, Kennard de 36 à 47%, Galloway de 36 à 44%… Si la liste continue, il faut aussi souligner l’apport crucial de Wayne Ellington, qui apporte un volume plus important que Bullock à 3-points.

La constance de Blake Griffin, All-NBA Team indiscutable

Il avait fait un début de saison XXL, symbolisé par ses 50 points contre les Sixers. Mais beaucoup imaginaient Blake Griffin baisser de pied au fil de la saison et des défaites des Detroit Pistons. Il n’en fut rien. Au cœur de la tempête, Blake a porté l’équipe et s’est comporté comme le leader dont Motown avait besoin. Aujourd’hui, Blake Griffin réalise la meilleure saison de sa carrière en points par match (25,1) et au True Shooting (58,9%, une formule qui prend en compte tous les tirs, lancers-francs compris). Avec LeBron James et Giannis Antetokounmpo, il fait parti des 3 joueurs NBA à tourner en 25 points, 7 rebonds et 5 passes de moyenne. Et à 15 matchs de la fin de la saison, Blake a fait plus de matchs à 30 points que Kawhi Leonard, Kyrie Irving, LeBron ou Russell Westbrook.

Leader technique des Pistons, Blake Griffin est désormais un des 4 les polyvalents de toute la Ligue. L’alternance entre jeu intérieur et jeu extérieur, sa capacité à punir au post tout en étant une vraie menace à 3-points le rend quasiment impossible à défendre. Griffin est le créateur principal de cette équipe et a atteint un niveau d’élite dans ce domaine-là. Un temps le joueur qui touchait le plus la balle dans la Ligue, Blake Griffin a su déléguer et laisser Reggie Jackson reprendre une partie du contrôle du jeu. Un changement crucial dans la bonne passe actuelle de Detroit.

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Drummond comme en 2016

Il y a beaucoup à dire sur la saison 2018-2019 d’Andre Drummond. Une chose est certaine, si Andre ne méritait pas le All-Star Game, il continue de peser dans les statistiques : une nouvelle fois meilleur rebondeur NBA (15,2), il reste sur une série de 19 double-double consécutifs, à une unité de battre le record de Bob Lanier. Cette saison, il a déjà réalisé 30 matchs à 15 points et 15 rebonds après en avoir reussit 31 matchs la saison dernière (leader NBA). Le dernier joueur à avoir réussit ce genre de performance lors de deux saisons consécutives s’appelle Kevin Garnett de 2003 à 2005).

Victime d’une commotion fin janvier, Andre Drummond est revenu avec un tout nouveau visage. Alors qu’il tournait à 14.1 points à 48,7%, 14.2 rebonds, 1.9 steals et 1.1 blocks par match avant sa blessure, il pose depuis le 1er février des statistiques bien supérieures : 22.4 points (+8.3) à 65,7% (+17) , 16 rebonds (+1,8), 2.2 steals (+0,3) et 2.2 blocks (+1,1) par match. Cette augmentation spectaculaire s’explique par un jeu offensif enfin tourné vers lui. Drummond est mieux cherché par ses coéquipiers et n’est plus obligé de tout faire tout seul. La stat des paniers « assistés » est très parlante : un joueur comme Clint Capela a par exemple 80% de ses paniers qui proviennent d’une passe décisive quand un joueur plus « créatif » comme Karl-Anthony Towns est à 67%. Au mois de Janvier, Drummond était tombé à un piètre 54,9% ! Depuis son retour les choses vont mieux, et ce chiffre remonte à 63%.

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Egalement plus concerné en défense, Drummond devient petit à petit ce gardien de la raquette, bien plus actif et toujours en mouvement qu’on avait entraperçu en 2016. Certains bruits du côtés de Detroit parlent d’une possible douleur au doigt qui gênait le grand pivot jusqu’ici, soignée durant son protocole commotion.

La forme physique de Reggie Jackson et le plan de jeu de Dwane Casey

Si Drummond se rapproche de son niveau de jeu de 2016, on pourrait être tenté de se dire que Reggie Jackson et lui pourraient reformer ce duo dynamique, qui avait réalisé une grosse fin de saison en 2016 pour accrocher les seuls playoffs de l’ère Stan Van Gundy. Dwane Casey a du sentir cette possibilité lui aussi en choisissant de remettre une bonne dose de pick&roll dans le jeu des Pistons. On sait que Jackson (en tant que porteur de balle) et Drummond (en tant que rollman, soit je pose l’écran et je vais au cercle) forment un des très bons duos de la Ligue dans cet exercice. Comme évoqué plus tôt, Blake Griffin a accepté de lâcher un peu le ballon pour en faire profiter Jackson : en maniant plus le ballon, le meneur des Pistons se crée de meilleures situations, redevient une menace offensive et implique dans le même temps Andre Drummond.

Cette évolution n’aurait pas pu être possible sans le retour en forme physique de Jackson. On n’oublie trop souvent qu’il était blessé toute la saison dernière et que sa blessure s’etait prolongée cet été, lui faisant manquer le training camp. Le staff médical des Pistons avait ainsi dit lors du Media Day qu’il ne fallait pas espérer revoir un grand Jackson avant au minimum le mois de Janvier. Pendant ce temps-là, si les fans (dont je fais parti) ont hurlé contre les erreurs de Jax, Dwane Casey ne l’a jamais lâché. Le coach des Pistons a soutenu son meneur contre vents et marées, même lorsqu’il était hué par toute la Little Caesars Arena un soir de défaite contre le Jazz début Janvier.

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Plus généralement Casey n’a montré, depuis qu’il est chez les Pistons, aucune frustration ni aucune plainte. Le Coach of the Year 2018 est à Detroit pour mettre un projet en place et laisse le temps parler pour lui. Il n’arrête pas de parler de fondation, de philosophie, quitte à faire des choix forts : sa confiance envers Bruce Brown, 42ème choix de draft, qu’il a placé dans le 5 de départ pour en faire le meilleur défenseur extérieur de l’équipe, en est une belle démonstration.

Le banc des Pistons, enfin stable et au niveau

L’embellie des Pistons à partir du mois de Février doit aussi beaucoup aux manœuvres d’Ed Stefanski lors de la Trade Deadline. Si Svi Mykhailiuk n’a pas encore intégré la rotation, Wayne Ellington et Thon Maker jouent déjà un vrai rôle dans ce roster. En prenant la place de Bullock, Ellington a directement permis au banc de Detroit de conserver une stabilité. Et l’ajout de Maker, combiné aux retours en forme de Smith et Kennard, a fait du banc des Pistons une vraie force sur cette deuxième partie de saison. Dwane Casey avait justement souligné l’importance de ses remplaçants après une victoire contre les Wolves début Mars :

La second unit fait un excellent travail et peut modifier le cours du match. Ish et Luke changent fondamentalement la partie. C’est une période difficile de l’année, mais nous devons comprendre que nous jouons tous pour quelque chose. Nous jouons pour quelque chose de spécial et chaque match, chaque possession, chaque fois que vous êtes sur le terrain, vous devez trouver l’énergie d’une manière ou d’une autre.

Quand Dwane Casey était obligé d’appeler Zaza Pachulia, Stanley Johnson ou José Calderón, son équipe prenait très souvent l’eau, ruinant tous les efforts des titulaires. Avant le All-Star Game, le banc ne marquait que 33,3 points en moyenne, la 26ème production NBA. Depuis, Thon Maker offre enfin une option crédible derrière Drummond et Luke Kennard a pris un volume assez incroyable : c’est sans surprise que le banc marque désormais 43 points (+9,7), soit la 6ème performance NBA. Des role players comme GRIII ou Langston Galloway trouvent un peu de régularité, ce qui permet au coach des Detroit Pistons de faire reposer un peu plus longtemps ses starters.

Detroit restera une équipe atypique cette saison. En surrégime depuis Février, elle n’est pas non plus l’équipe catastrophique observée en Janvier. On serait presque tenté de dire qu’il y a eu autant de hauts que de bas, ce qui fait de la 6ème (ou la 7ème) place, une place assez honnête pour Detroit. Nous étions surpris de la faiblesse de l’équipe quand elle était 11ème et nous ne sommes pas dupes des chiffres post All-Star Game. Mais nos prédictions de début de saison, qui voyaient les Pistons 6ème à l’Est devraient se confirmer.

Les Pistons vont retrouver les playoffs, comme l’a toujours souhaité Tom Gores le propriétaire. Pour la première saison de Dwane Casey, pour la première année complète de Blake Griffin, accéder à la post-season valide une première étape. Ce qui se passera en Avril, personne ne le sait vraiment. Mais si les Pistons conservent leur niveau actuel sur les 15 derniers matchs, il est possible que Raptors ou Sixers commencent à avoir quelques inquiétudes…

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