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Jack McCloskey, une décennie de création des Bad Boys

Jack McCloskey, l'architecte des Bad Boys

Fin 1979, Dick Vitale, éphémère et désastreux coach des Detroit Pistons entre 1978 et 1979, souffle à Bill Davidson le nom de Jack McCloskey comme candidat idéal au poste de General Manager de l’équipe. Coupable de tant de mauvais choix, Vitale fera pourtant là un des plus beaux cadeaux de l’histoire de la franchise.

En choisissant Jack McCloskey, Davidson ne le savait pas encore mais il engage un bâtisseur, un architecte qui créera, à coup de trades et de bons choix à la draft, une équipe deux fois championne NBA, les Bad Boys. Isiah Thomas, Joe Dumars, Rick Mahorn, Bill Laimbeer, Adrian Dantley, tous ces légendes des Pistons sont arrivées par la seule volonté de Jack McCloskey. Un homme capable de faire et de défaire son roster jusqu’à arriver à son but et qui, vous le verrez, mérite bien son surnom de « Trader Jack ».

Quand Jack McCloskey est contacté par les Pistons lors de la saison 79-80, il pense légitimement être le prochain entraîneur de la franchise, lui l’assistant de Slick Leonard à Indiana. Pourtant, c’est bien dans le costume de GM de « Trader Jack » va révolutionner les Detroit Pistons. En 13 ans dans la Motown, McCluskey se forge une réputation d’architecte qui lui collera à la peau jusqu’à la fin de sa vie, en Juin 2017. Réalisant plus d’une trentaine d’échange, McCloskey n’hésitera jamais à sacrifier l’un ou l’autre de ses joueurs s’il pense pouvoir y gagner.

Tout commence à la draft 1981, où les Pistons remportent le 2ème choix, juste récompense pour la première saison ratée (21-61) de Jack comme General Manager. Il faut avouer que Vitale n’avait laissé que des miettes chez les Pistons : Bob Lanier avait été libéré à Milwaukee, Bob McAdoo, récupéré contre M.L. Carr, ne voulait pas être là et les 3 premiers choix de la draft 79 s’étaient transformés en Greg Kesler, Roy Hamilton et Phil Hubbard. Pas vraiment de quoi relancer la franchise. Pour sa deuxième draft (après avoir choisi Larry Drew en 80), McCloskey avait le choix : seul Dallas choisirait avant lui et trois prospects crevaient l’écran : Mark Aguirre, Buck Williams et Isiah Thomas. Les Mavericks choisiront Aguirre, ce qui permettra à Trader Jack de sélectionner Zeke avec le pick 2. Sauf qu’Isiah n’avait pas vraiment envie d’aller à Detroit. Il n’avait pas non plus envie d’aller à Dallas non plus, sabotant son entretien dans le Taxas en refusant de porter un chapeau de cow-boy pour une photo. Thomas jouera le même cinéma à McCloskey qui ne se laissera pas intimider :

J’ai choisi Isiah, malgré le fait que j’avais recruté Larry Drew la première année et qu’il voulait jouer dans sa ville natale. Il m’a dit: « Vous n’avez aucun joueur ». J’ai dit: « C’est vrai. Mais je vais aller vous chercher des joueurs ».

Isiah Thomas et Jack McCloskey
Isiah Thomas et Jack McCloskey

La création des Bad Boys

Lors de cette draft, Jack McCloskey met aussi la main avec son pick 12 sur Kelly Tripucka, excellent attaquant, trop sous-estimé mais qui ne passera jamais sous les 20 points de moyenne en 5 saisons à Detroit.

Jack McCloskey avait fait une promesse à Isiah Thomas et à la ville de Detroit, et entendait bien la tenir. La suite de son plan s’exécute quelques semaines plus tard. Jack va utiliser les vestiges de l’ère Vitale pour construire son propre roster, transformant littéralement du plomb en or. En Novembre 81, il réussit à envoyer le populaire mais fragile Greg Kelser contre Vinnie Johnson, futur « Microwave » qui sera le meilleur 6ème homme de l’Histoire des Detroit Pistons.

Après Kelser, Trade Jack se servira d’un autre drafté 79 en la personne de Phil Hubbard pour récupérer un sans doute le plus illustre des Bad Boys : Bill Laimbeer. En février 1982, Jack McCloskey envoi Hubbard et Mokeski contre Laimbeer et Kenny Carr. A l’époque, tous les journalistes pensent que les Pistons ont réalisé ce trade pour récupérer Carr. Mais l’architecte McCloskey avait déjà compris que Bill Laimbeer était le joueur qu’il lui fallait pour construire son roster.

Beaucoup de gens l’ignorent mais Ted Stepien, propriétaire des Cavs, n’était pas vendeur au départ. Les premières propositions de McCloskey ont toutes été refusées jusqu’à ce qu’un membre du front-office des Pistons mentionne l’affinité particulière de Stepien pour les joueurs d’origine polonaise, lui même partageant ces origines. Le GM des Pistons ajouta donc Mokeski et ses 3,2 points en 13 minutes à la balance et finit par convaincre le propriétaire des Cavs.

Chuck Daly, l’homme de la situation

Avec Isiah, Laimbeer, Kelly Tripucka et Vinnie Johnson, Jack McCloskey commence à avoir un effectif très talentueux. Mais « Trader Jack » peut échanger joueur sur joueur, Scotty Robertson, coach depuis la saison 80-81 n’arrive pas à sublimer ce groupe. A l’aube de la saison 1983, McCloskey offre donc le poste à Chuck Daly, éphémère coach des Cavaliers qui s’était d’ailleurs opposé au départ de Bill Laimbeer vers les Pistons. Le bilan de Daly chez les Cavs (9-32) pouvait faire peur mais « Trader Jack » était sur d’avoir fait le bon choix :

Je sais que le record n’était pas bon à Cleveland, mais je savais qu’il pourrait être entraîneur. Cleveland n’avait rien. Quand je l’ai vu à l’université, je savais qu’il était un bon « motivateur ». Je savais qu’il avait de vraies compétences en communication.

Avec Chuck Daly, les Pistons vont franchir un cap. Dès sa premiere saison, les Pistons retrouvent enfin un bilan positif (49-33) et accèdent aux playoffs où ils regardent les Knicks de Bernard King droit dans les yeux au premier tour. La défaite est au bout mais Daly va insuffler une cohésion d’équipe et un gout de l’effort défensif, sans lesquels la création des Bad Boys n’aurait pas été possible.

Un roster capable de jouer le titre NBA chaque année

Chuck Daly et Jack McCloskey vont continuer ensemble à construire les Pistons jusqu’à leur transformation en candidats réguliers aux playoffs, puis au titre NBA. Le roster prend forme mais McCloskey n’est pas satisfait de sa raquette. Si Bill Laimbeer a prouvé qu’il était le pivot dont Detroit avait besoin, aucun ailier fort ne convient : ni Hubbard, ni Tyler et encore moins Kent Benson. Dan Roundfield, acquis en 84 contre Antoine Carr et Cliff Levingston aurait pu être la solution. Mais le poste 4, qui sortait pourtant de 6 saisons en double-double de moyenne déçoit dans la Motown. « Trader Jack » ne failli pas à sa réputation et 56 matchs plus tard envoi Roundfield à Washington en échange de Rick Mahorn en Juin 85.

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Pas de sentiment dans la conquête d’un titre NBA. Jack McCloskey n’hésitait pas à couper toute branche qu’il considérait comme trop faible. Mais l’homme n’a jamais fait preuve d’impatience et a toujours fait confiance à sa vision : ce même Mahorn ne s’impose pas de suite à Detroit, commençant seulement 12 matchs la première année et 6 la seconde. Il faudra attendre sa perte de poids fulgurante pour que Mahorn se transforme en Baddest Bad Boy. Et il n’aura jamais perdu la confiance de McCloskey pendant ce temps.

Rick Mahorn, Dennis Rodman et Mark Aguirre
Rick Mahorn, Dennis Rodman et Mark Aguirre

Trader Jack aura aussi un peu de réussite dans son parcours. Il était l’un des seuls à avoir repéré Joe Dumars, contrairement à 16 autres équipes ont laissé passé dans la draft 85 dont les Mavs qui ont choisi deux joueurs consécutivement sans même penser à Dumars. Voyant Joe D encore disponible au 18ème choix, McCloskey s’empresse de valider ce pick alors même que tout le peuple de Detroit s’attendait à Sam Vincent, sensation de Michigan State :

Comment pouvez-vous laisser passer un gars que je pensais être dans les deux ou trois premiers de la draft ? Je le voyais sûr dans le top 5. Je ne sais pas comment vous pourriez le laisser passer.

Il faut un peu de chance pour bâtir une dynastie mais en 1985, Jack McCloskey a encore transformé du plomb en or.

Adrian Dantley, la pièce manquante qui n’en était pas une

La saison 86 est frustrante pour Detroit. Les Pistons s’inclinent au premier tour des playoffs. Malgré de belles promesses, l’équipe manque de dureté et n’est pas assez solide en défense, avec un personnel trop limité dans le domaine. Jack McCloskey va y remédier avec deux opérations coup sur coup. Il commence par la draft de Rodman et Salley. Detroit possède le 11ème et le 27ème choix en 1986. « Trader Jack » a comme objectif Dennis Rodman, basketteur à Southeastern Oklahoma State University, une fac de seconde zone. McCloskey est prêt à choisir Rodman avec ce pick mais caresse aussi l’idée de sélectionner John Salley, qui ne serait par contre plus disponible au pick 27.

Je voulais être gourmand. Je voulais aussi Salley. J’ai dit: « OK, nous allons prendre un risque calculé ». Mais nous avons vraiment parlé à tout le monde dans la ligue et Rodman n’a pas été mentionné. Alors j’ai dit que nous allions prendre le risque. Et ça a marché.

Il reste donc maintenant à récupérer un joueur qui insufflerait un état d’esprit différent aux tous jeunes Bad Boys. Jack McCloskey le trouve en Août 1986 avec Adrian Dantley. 6 fois All-Star avec le Jazz, Dantley arrive à Detroit contre Kelly Tripucka, drafté la même année qu’Isiah Thomas et présent depuis le début du projet. Avec Dantley, les Pistons changent de dimension : ils obtiennent 52 victoires et poussent les Celtics jusqu’au Game 7 de la Finale de Concurrence à l’Est en 1987 et arrivent enfin en Finales NBA en 1988, écartant enfin Boston mais chutant contre les Lakers.

Quelques semaines auparavant, « Trader Jack » avait encore eu un éclair de génie : il a récupéré James Edwards contre le triste Ron Moore. Ancien assistant aux Lakers, McCloskey avait vu à l’automne 77 Edwards remplacer efficacement un Kareem Abdul-Jabbar blessé pendant une vingtaine de match. Il n’en faudra pas plus au GM des Pistons pour monter un nouveau trade et ainsi renforcer un peu plus sa franchise.

La consécration en 89 et 90 pour les Bad Boys

Tout va bien pour les Pistons mais au cours de la saison 1988-1989, Chuck Daly fait part à Jack McCloskey d’une fissure dans l’équipe. Adrian Dantley commence à montrer des signes de mecontentement. Daly sonde le joueur, qui ne répond pas. Pas plus qu’à McCloskey. Une erreur de la part de Dantley, « Trader Jack » n’étant pas du genre à faire de sentiment.

Je lui ai dit « Adrian, as-tu des problèmes avec quelqu’un dans la franchise ? » Dantley m’a répondu: « Je ne veux vraiment pas en parler. » J’ai fini par lui dire : « Adrian, si tu ne veux pas en parler, je vais t’échanger, et je ne te moque pas de toi ».

McCloskey ne rigole vraiment pas. Deux jours plus tard, le General Manager s’envole pour Dallas où il échange Dantley contre Mark Aguirre, ancien n°1 de draft choisi juste avant Isiah Thomas en 81. Pour McCloskey, ce deal était inévitable, la rupture entre Dantley et le groupe allait empirer jusqu’à détruire le vestiaire. Dans son malheur, Detroit a récupéré avec Aguirre un joueur énergique, discipliné, capable de s’effacer en fin de match au profil de la défense d’un Dennis Rodman sans jamais perdre de sa force offensive.

Il s’agira là du dernier mouvement d’envergure que Jack McCloskey aura fait pour que les Pistons arrivent enfin à gagner le titre NBA, deux fois de suite qui plus est. Dans ce marathon de 10 ans, McCloskey aura permis à Detroit de rattraper et de dépasser les Celtics de Larry Bird et les Lakers de Magic Johnson, tout en limitant l’ascension des Bulls de Michael Jordan.

Jack McCloskey quittera la franchise à l’issue de la saison 1991-1992 en laissant une immense trace dans l’histoire pourtant riche des Detroit Pistons. Le 29 Mars 2008, Detroit honore McCloskey en élevant une bannière à son nom tout en haut du Palace of Auburn Hills. Juste aux cotés de ces joueurs de légende qu’il a contribué à révéler.

Jack McCloskey, architecte des Bad Boys