Les Maillots Retirés - le 21 de Dave Bing, de star des Pistons à Maire d'une ville en faillite

Retour dans le passé pour ce nouvel épisode des Maillots Retirés chez les Detroit Pistons où nous nous intéressons à celui qui a reçu le premier cet honneur. L'initiateur, le premier athlète des Pistons à voir son numéro inscrit en bannière tout en haut de la salle n’est autre que Dave Bing, drafté par Detroit en 1966.  
S’il est l’une première légende des Pistons, Bing reste aussi dans les mémoires pour son après-carrière, où jamais il ne quittera Detroit. Dans le business et dans la politique, David “Dave” Bing lie son destin à la Motown, pour le meilleur et pour le pire.

Maillot retiré Dave Bing | PistonsFR, actualité des Detroit pistons en france

Quand Dave Bing débarque dans le Michigan, il sort d’un cursus réussi à Syracuse, aussi bien sur les terrains de basketball que sur les bancs de la fac. Cette vision au-delà du basket sera une constante dans la carrière du n°21 des Pistons, ce qui lui donnera toujours un temps d’avance pour réussir dans la plupart de ces entreprises. Personne n’est donc surpris de voir Bing immédiatement impacter cette équipe de Detroit, très moyenne dans les années 60 il faut l’admettre. Nommé Rookie of The Year, Bing est un meneur atypique, prenant un volume de tirs rarement vu pour un joueur à son poste. En 66-67, il tente 19 tirs par match (plus que Milles, DeBusschere ou Scott) pour un très honnête 43% de réussite. Ce chiffre le place déjà 7ème de toute la ligue alors qu’il n’est que rookie. La machine Bing est lancée et rien ne va la freiner. Dès sa saison sophomore, le joueur des Pistons pousse sa philosophie de jeu à son paroxysme : 24 tirs par match, ce qui fait de lui le joueur le plus prolifique de la NBA devant des monstres comme Elgin Baylor, Oscar Robertson ou Earl Monroe, le tout avec un pourcentage de réussite encore meilleur (45%) !

Ce style de jeu, devenu aujourd’hui monnaie courante en NBA, restait assez inhabituel pour l’époque. Aucun meneur ne prit autant de tirs sur une période aussi longue. Sur la fin des années 60 et le début des années 70, Dave Bing ne descend quasiment jamais sous les 19 tentatives pour match tout en distribuant pourtant pas mal de ballons dans une équipe de Detroit où le grand Bob Lanier l’accompagne. En visionnant les quelques images à notre disposition aujourd’hui, il est flagrant que Bing était en en avance sur son temps, capable de remplir une feuille de statistiques comme quasiment aucun point guard avant lui. Sur les parquets, il ne brille pas par son tir, particulièrement à longue distance, mais sa vitesse fait des ravages : en dépassant avec facilité les défenseurs des années 60, il s’offre la possibilité de prendre de nombreux “bons” tirs, même si les chiffres laissent penser à une exagération.

Sur ses neufs saisons passées dans le Michigan, Dave Bing cumule une moyenne de 22,6 points, soit la deuxième meilleure performance pour un joueur des Detroit Pistons. Disputant 6 fois le NBA All-Star Game (1968 et 1969, 1971 et de 1973 à 1975), il est nommé All-NBA First Team en 1968 et 1969, malgré l’évidence faiblesse de sa franchise. Cette période compliquée, où les Pistons n’existent pas dans le paysage NBA, empêchera Dave Bing d’être considéré comme le meilleur meneur de la franchise. Face à toutes ses qualités et sa vision différente du rôle de meneur, il a la malchance d’avoir contre lui deux meneurs ayant remporté le titre de MVP des Finales en la personne d'Isiah Thomas et de Chauncey Billups. Mais nous débattons là de joueurs exceptionnels et Dave Bing est déjà introduit depuis longtemps au Hall of Fame, inscrivant dans le marbre sa place au panthéon des légendes de la NBA et par définition dans celui des Detroit Pistons.

Dave Bing | PistonsFR, actualité des Detroit Pistons en France

Une belle carrière après les parquets, jusqu’à la mairie de Detroit

Si son maillot a été retiré dès la fin de sa carrière, les Pistons auraient aussi pu attendre un peu et auraient constaté que cet enfant de Washington a trouvé à Detroit un endroit où continuer à grandir une fois sa carrière terminée. Nous avions déjà parlé de son cursus à Syracuse, où Bing sort diplômé en Économie et Marketing. Anticipant une carrière NBA forcément éphémère, le Piston passera tous ses étés à la National Bank of Detroit où il a décroché dès 1967 un poste de stagiaire en gestion. Son trade à Washington mettra fin à cette carrière parallèle mais dès son retrait des parquets, Bing passe la deuxième étape de sa vie en se lançant dans le monde des affaires. Approché par Paragon Steel basé à Detroit, il apprend les arcanes de l’industrie de l’acier puis se lance en solo créant le Bing Group. Pourtant à cette époque, son nom, couplé à sa couleur de peau, sont des obstacles à sa réussite professionnelle, le cliché de l'athlète noir pas très perspicace étant tenace. Mais sa vision du jeu lui permet de trouver des portes de sortie, usant finalement de son nom et de sa renommé d'ancien basketteur : en parallèle du développement de sa société, Dave Bing devient commentateur lors des matchs de Michigan State, faisant connaître sa marque dans tout le Midwest Américain.

Le Groupe Bing obtient ses premiers succès en 1980, signant un contrat pour fournir de l’acier à General Motor. Il devient ensuite l’un des principaux fournisseurs d’acier de l’Etat du Michigan. 10 ans plus tard, les ventes atteignent plus de 60 millions de dollars, faisant de Bing Group la 10ème plus grande entreprise appartenant à un propriétaire Noir aux États-Unis. Le succès du groupe a permis de faire travailler plus de 1000 personnes lors des années les plus fastes, un personnel souvent issu de minorités qui voyait donc dans cette entreprise une source d’espoir pour le peuple de Detroit. L'administration de l’ancien joueur des Pistons sera longtemps l’une des plus respectées de la ville, pour sa bienveillance et les opportunités qu’elle offre à ces hommes et femmes.

Soucieux de la vie de ces employés, Dave Bing l’est aussi de sa ville, à laquelle il s'est énormément consacré depuis sa retraite sportive. Actif dans de nombreuses organisations communautaires, Bing met son succès, aussi bien sportif que dans les affaires au service des autres. En 1989 il permet de maintenir des programmes sportifs dans les écoles de Detroit, qui étaient confrontées à une crise financière majeure et à ceux qui critiquent son action, plaidant que le sport n’était pas prioritaire dans ce système scolaire décimé, Bing déborde ses détracteurs aussi bien qu’il le faisait à ses opposants sur les parquets NBA :

4 500 enfants pratiquent le sport à l’école et nombre d’entres-eux ne vont pas aller en classe si ces programmes sont supprimés. J'ai décidé de collecter des fonds pour le sport parce que le sport est la façon dont les gens se rapportent à moi.

Fort de ses contacts dans l’industrie automobile, Dave Bing collabore en 1999 avec Ford Motor Company une école à but non lucratif le Detroit Manufacturing Training Centre qui permet de former les jeunes de Detroit à travailler pour les constructeurs automobiles. Plus les années passent, et plus Dave Bing renforce son engagement social. Il appuie ses efforts sur l'amélioration des quartiers, construisant ici des maisons pour loger confortablement des familles à revenu moyen, rénovant là les bords de la Detroit River avec de nouveaux commerces et des espaces de restauration. Animé par cette envie de faire la différence et de ne pas voir SA ville échouer, Dave Bing s’engage, propose une alternative au climat morose. Succès dans les affaires et engagement au sein de sa communauté, voilà qui renforce la côte d'amour de Dave Bing au sein du peuple de Detroit.


Il accepte une mission impossible au sein de la Mairie de Detroit.

En 2007, un autre événement va faire basculer la trajectoire du meneur des Detroit Pistons. WXYZ, station locale de télévision, révèle que l’actuel maire de la ville, Kwame Kilpatrick aurait détourné près de 9000 $ de son organisation, le Kilpatrick Civic Fund, pour se payer des vacances dans un hôtel grand luxe en Californie. Dans une ville de Detroit déjà bien sinistrée, apprendre que la plus haute instance de la cité utilise de l’argent public servant à l'éducation civique et la lutte contre le crime à ses propres fins fait déborder le vase. Kilpatrick démissionne en septembre 2008 et des élections anticipées se préparent. Personnage reconnu et admiré, tant pour sa réussite sportive et financière que pour son dévouement à la ville, Dave Bing se porte candidat et l’emportera en février 2009 pour finir le mandat de l’ancien maire déchu. En novembre de la même année, il sera élu pour un nouveau mandat, complet cette fois de 2010 à 2014.

Conscient ou non de l’ampleur du défi, Dave Bing vient d’accepter un des jobs les moins enviés des années 2010. La ville de Détroit s’enfonce dans la faillite économique, voyant toute son industrie baisser pavillon en plus d’une spectaculaire chute démographique. General Motors, Ford et Chrysler, les trois grands constructeurs automobiles implantés à Détroit que Bing connaît si bien délocalisent de plus en plus leur production et licencient à tout va (400 000 emplois perdus entre 2008 et 2013). La crise des sub-primes a fait un massacre chez les familles modestes de la Motown et dans certains quartiers, le taux de chômage dépasse les 50 %. Mais après avoir renouvelé l'archétype du meneur NBA, après avoir balayé les préjugés dans le monde de l’industrie, Dave Bing pensait certainement être capable d’enrayer cette décadence. 

Maire Dave Bing | PistonsFR, actualité des Detroit Pistons en France

En bon gestionnaire, l’ancien joueur des Pistons commence par des coupes dans la fonction publique : il réduit les dépenses de la ville de 300 millions de dollars en 4 ans et baisse les salaires des fonctionnaires de 10%. Les efforts sont conséquents mais devant une dette publique évaluée à 14 milliards de dollars, les efforts de Bing ne sont rien d'autre qu'une goutte d’eau dans l’océan. Alors en 2013, le gouverneur du Michigan Rick Snyder déclare l’état d’urgence financière à Detroit, ce qui entraînerait la nomination d’un gestionnaire financier de crise. Si le Conseil municipal tente de poser son véto, Dave Bing a compris que la ville ne s’en sortira pas seule et capitule. En novembre de cette même année, les élections municipales sont organisées mais le Maire Bing choisit de ne pas briguer un nouveau mandat. Son passage à la Mairie de Detroit aura représenté un obstacle bien trop insurmontable pour cet homme de défi. Malgré l’amour qu’il aura développé avec la ville, Dave Bing n’aura pas pu la redresser. Face à la dette, à la corruption, à la violence et au chômage, Bing s’en sort avec les honneurs, mais contrairement à son passage chez les Pistons, il n’aura pas réussi à faire mentir les pronostics.


Son maillot n°21 retiré en 1978

Comme Isiah Thomas, comme Dennis Rodman ou comme Ben Wallace, Dave Bing mérite de voir son maillot retiré et monté au plafond à coté des légendes qui lui ont succédé. Hall of Famer, multiple All-Star, All-NBA Team, Dave Bing incarnera longtemps la réussite made in Pistons. Malgré des années difficiles pour la franchise, il restera, avec Bob Lannier, la seule star de la Motown jusqu’à l’arrivée d’Isiah Thomas en 81. Avant le règne des Bad Boys, la Pistons Nation n’avait que peu de choses à se mettre sous la dent. Si le titre n’est jamais arrivé et que les playoffs se sont fait rares durant le passage de Bing, la seule attractivité de ce joueur qui cassait les codes du meneur de l’époque suffisait.

Avec son volume de jeu si important et sa propension à chercher à marquer à tout prix, Dave Bing a ouvert la porte à toute une série de joueur NBA petits, vifs et animés par la volonté de scorer. Ils ont compris en voyant évoluer le joueur des Pistons qu’il était possible pour eux d’exister. Présent dans la prestigieuse liste des 50 meilleurs joueurs de l’histoire de la NBA, le Hall of Famer aura également marqué la ville de Detroit par son engagement auprès de la population, dès le premier jour de sa retraite sportive. D’abord par les affaires, en faisant travailler les minorités de la ville, puis par le social en ré-investissant son argent et sa notoriété au service de l’éducation et enfin par la politique, en tentant par tous les moyens de relever cette cité effondrée. Si la dernière marche aura été trop haute, Dave Bing aura fait plus que n’importe quel autre basketteur pour la ville de Detroit et mérite tous les égards pour cela.

Les Pistons devraient toujours représenter la communauté à laquelle ils appartiennent. Cols bleus, travailleurs, solidaires et courageux, les habitants de la Motor City doivent se reconnaître dans leur équipe de basketball. Honorer des héros comme Dave Bing fait parti du devoir de mémoire dont les Pistons sont garants. Parfois la vérité ne se lit par dans les bagues de champion, souvent les vrais héros ne portent pas de capes et pour toujours Dave Bing flotte parmi les légendes des Detroit Pistons, fort de près de 50 ans de dévouement à cette ville en souffrance.


Palace of Auburn Hills | PistonsFR, actualité des Detroit Pistons en France


2 commentaires:

  1. Salut,
    Bravo pour ton article. Je me permets de te dire les coquilles trouvées (hors ponctuation) :
    - "S’il est l’une (des) première(s) légende(s) des Pistons"
    - "il est flagrant que Bing était en en avance sur son temps"
    - "où il a décroche dès 1967"
    Encore merci pour cette leçon de d’histoire.
    Damien

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Deux fois « en » et « où il décroche » plutôt que « à décroché »

      Supprimer

Fourni par Blogger.