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Les Maillots Retirés – le 11 de Isiah Thomas, meilleur joueur de l’Histoire des Detroit Pistons

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En NBA, comme dans le reste des sports US, le plus bel hommage qu’une franchise peut rendre à un joueur reste de retirer son maillot. Pour sa contribution à l’histoire de l’équipe, le joueur voit sa tunique être montée au plafond de la salle, s’inscrivant éternellement parmi les légendes.

Au cours de leur existence, les Detroit Pistons ont honoré 11 des leurs mais le plus iconique d’entre eux reste indiscutablement Isiah Thomas. Leader des Bad Boys double champion NBA, Thomas incarne encore aujourd’hui le véritable visage de l’institution Pistons.

Celui qui veut comprendre l’homme qu’est devenu Isiah Thomas ne peut pas se contenter de ses seuls exploits sur les parquets. Non, il faut revenir plus loin dans le passé, jusqu’à son enfance dans les bas fonds de Chicago. Comme trop souvent avec des légendes du sport, celui qui sera surnommé Zeke aura d’abord du se débarrasser des nombreux obstacles que la rue avait placé sur son chemin avant même d’imaginer se faire une simple place en NBA. Issu d’une famille plus que modeste, Thomas a connu une jeunesse marquée par les gangs, la drogue et la prostitution. Ces difficultés ne seront pourtant rien, balayées par le vrai drame de son enfance, l’abandon de son père. En l’absence de figure paternelle, le futur meneur des Detroit Pistons ne pourra compter sur une mère fantastique dont l’histoire a été relatée dans le film “A Mother’s Courage : The Mary Thomas Story, film dont la qualité plus que discutable ne rend pas hommage au dévouement sincère de cette femme.

Au sortir de cette enfance difficile, le parcours du jeune Isiah Thomas prend une voie bien plus lumineuse, le gamin ayant déjà trop de talent balle en main pour être ignoré. Après une carrière universitaire ponctuée d’un titre NCAA glané face au North Carolina de James Worthy où il est élu meilleur joueur, Isiah se présente à la draft NBA 1981 et atterri chez les Detroit Pistons, détenteurs du 2ème choix. Les Mavericks, vainqueurs de la lottery, voulaient choisir l’ancien d’Indiana en premier mais la légende raconte qu’ils ont pris peur devant le peu d’entrain montré par Zeke lors de son entretien dans le Texas, refusant même de poser avec un chapeau de cow-boy. En choisissant Thomas, les Pistons ne savent pas encore que la collaboration à venir sera couronnée de succès, avec deux titres mais aussi un maillot frappé du 11 de Thomas retiré par la franchise en 1996.

Isiah Thomas, figure de proue des Bad Boys de Detroit

Au sein des Pistons, Isiah Thomas construit lui-même sa légende. Après deux saisons de rodage, il offre au peuple de Detroit un retour en playoffs dés 1984, un événement attendu par la ville depuis 7 ans. Associé à Laimbeer et Vinnie Johnson, Isiah Thomas fait des Detroit Pistons une place forte à l’Est. De 84 à 89, les playoffs deviennent une habitude dans le Michigan mais jamais l’équipe ne semble avoir les armes pour aller au bout. L’obstacle Celtics restera longtemps sur la route des hommes de la Motown, puis viendra l’heure des Lakers du Showtime. Isiah Thomas a beau tourner au-delà des 20 points par match, les Pistons pèchent de l’autre coté du parquet et Chuck Daly, leur coach, est bien déterminé à changer les mentalités. Déjà réputés pour être rugueux, Thomas et ses coéquipiers vont choisir de durcir le trait et de faire de la domination physique de leur adversaire la clé de leur victoire. Les Bad Boys sont nés et toute la NBA apprend à découvrir cette équipe à la limite de l’acceptable, à contre courant des tendances marketing qui se dessinent, incarnés entre autres par Michael Jordan ou Magic Johnson.

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Le « frêle » Isiah Thomas se révèle être comme un poisson dans l’eau chez les Bad Boys : vicieux, roublard, presque anti sportif, Thomas est celui qui profite le plus de ce système, protégé par Bill Laimbeer qui prend les coups à sa place ou Dennis Rodman qui monopolise les suspensions. Sur la fin des années 80, Isiah Thomas devient à grand coup de performance de haut vol et de cartons en playoffs le meilleur à son poste de meneur. Son physique atypique ne l’empêche pas de devenir une référence, porté par des enseignements de Chuck Daly et à l’amour que lui porte sa ville de Detroit. Les titres de 1989 et 1990 feront d’Isiah Thomas un icone et lieront définitivement son image et celle des Detroit Pistons, au point de devenir indissociable l’une de l’autre. Encore aujourd’hui 30 ans plus tard, Isiah Thomas est celui qu’on cite quand on cherche le joueur qui incarne le mieux l’histoire des Pistons, le premier nom à cocher quand vous faites un Top 10 All-Time.

Le premier titre de l’histoire des Pistons apporté par Isiah Thomas

Alors comment choisit-on de retirer le maillot d’un joueur ? Avant toute considération idéologique, Isiah Thomas méritait de voir son maillot retiré pour une simple raison : il a apporté aux Detroit Pistons un titre de Champion NBA. Sur la fin des années 80, les Bad Boys de Thomas terrorisent la Ligue et si Detroit échoue en Finale 88 à cause d’une blessure de son meneur, les Pistons se rattrapent dès l’année suivante. Accédant de nouveau aux Finales, les Pistons sweepent cette fois les Lakers de Magic, eux les apôtres du Showtime ou l’antithèse totale des Bad Boys. Thomas offre aux Pistons leur premier titre mais doit laisser le trophée de MVP des Finales à Joe Dumars.

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L’année suivante, les Pistons sont intouchables. La formule Bad Boys fonctionne à plein tubes et même la NBA est obligé de le reconnaître en élisant Dennis Rodman, Défenseur de l’année, alors même que la Ligue a toujours été avare en distinction individuelle quand il fallait récompenser les Bad Boys. Au cours des playoffs 90, Isiah Thomas atteint son zénith lors d’un affrontement dantesque en Finale de Conférence contre les Bulls de Jordan, devenu aujourd’hui bien plus mémorable que les Finales expédiées contre Portland. Face à Chicago, patrie de Isiah Thomas, les Pistons sortent d’un affrontement étouffants en 7 matchs face à celui qui est pourtant déjà le meilleur joueur de la NBA. En remportant ce deuxième titre avec les Pistons et en “tuant” de cette manière sa ville natale au profil de la franchise qui l’a accueilli en NBA, Isiah a forgé la plus belle page de son destin et a inscrit de facto son nom au panthéon des Detroit Pistons.

Détesté à cause de son amour pour Detroit

Pendant près de 5 ans, la rivalité entre Pistons et Bulls, entre Thomas et Jordan, va devenir un classique du paysage NBA. Les fameuses Jordan Rules, qui vont traverser les décennies, deviennent le symbole qui manquait à ces Bad Boys. Alors que tout a déjà été écrit sur ces fameuses règles, le revers de la médaille sera lourd pour les Pistons et plus particulièrement pour Thomas. Cette connexion entre Isiah Thomas et les Pistons qui a porté Zeke au succés va brusquement devenir sanglante. En étant sans pitié pour leur adversaires mais trop victorieux pour être ignorés, les Bad Boys vont s’aliener toute la NBA, laissant derrière eux cicatrices et rancunes.

En NBA le paysage change au début des années 90. Le duo Bird-Magic passe la main à Michael Jordan qui devient la référence d’une Ligue qui finira par préférer Space Jam aux Bad Boys. Le début de la fin pour Detroit a lieu en 1991, quand le rêve de three-peat des Pistons se retrouve balayé par les Bulls en 4 petits matchs lors de la Finale de Conférence Est. Mais les Bad Boys partiront sur un « coup d’éclat » : Thomas, Laimbeer, Dumars ou Aguirre quittent le parquet alors qui reste encore quelques secondes à jouer, refusant de féliciter leurs adversaires. Les Pistons d’Isiah Thomas n’ont jamais fait aucun cadeau, dans la victoire comme dans la défaite. Les fans de la Motown, qui ont appris à aimer ces joueurs, se mettent ce jour-là à détester leurs adversaires. Le champion est tombé mais le n°11 des Pistons prend encore un peu plus de place dans le cœur de ses supporters.

Sauf qu’une fois un genou à terre, Isiah Thomas va subir de la part de ses adversaires une véritable campagne contre lui. Sa rancune de ceux qui ont pris tant de coup au fil des années va mener à l’éviction de Zeke de la fameuse Dream Team des Jeux olympiques de 1992. Patron officieux de l’équipe, au même titre que Bird ou Jordan Magic Johnson a confirmé des années après que personne ne voulait jouer avec Isiah :

Isiah s’est lui-même privé des Jeux olympiques. Personne dans cette équipe ne voulait jouer avec lui. Il s’est aliéné tant de gens dans sa vie mais il ne l’entend toujours pas. Il ne comprend pas pourquoi il n’a pas été choisi pour cette équipe olympique et c’est vraiment dommage. Tu devrais pourtant en être conscient quand tu as eu des problèmes avec plus de la moitié de la NBA.

Sportivement, la non-sélection de Thomas est un non-sens absolu, tant le Piston étant le meilleur meneur de la NBA à ce moment-là. Mais les vaincus de 1989 et 1990 tiennent là leur revanche et l’Histoire ne retiendra que leur triomphe sportif et marketing de Barcelone. De cette équipe des Pistons championne deux ans plus tôt, seul le coach Chuck Daly sera du voyage en Catalogne. La cabale anti Bad Boys sera au cœur de la préparation olympique : Michael Jordan menace ouvertement de passer son été à jouer au golf si Isiah est sélectionné.  Cet épisode sera vécu comme un scandale à Detroit, d’autant que quelques mois plus tôt en décembre 1991, Thomas avait déjà reçu un énorme coup de coude de Karl Malone, entraînant 40 (!!) points de suture à l’œil pour le meneur des Pistons. De nombreux observateurs, incluant Chuck Daly, ont soupçonné Malone d’avoir volontairement blessé Thomas pour le priver des Jeux Olympiques. Cet affront contre les anciens Bad Boys ne disparaîtra jamais vraiment. Encore aujourd’hui, Isiah Thomas ou d’autres comme Bill Laimbeer sont les premiers à pencher coté de Kobe ou de LeBron quand on evoque les questions autour du GOAT de la NBA. Once a Bad Boy, always a Bad Boy.

Son maillot n°11 retiré le 17 Février 1996

Après une fin de carrière difficile, Isiah Thomas enfile une dernière fois l’uniforme des Detroit Pistons en 1994. Au final il n’aura porté qu’un seul maillot et n’aura donné de l’amour qu’à une seule ville. En retour, il n’y a que la ville de Detroit, ses coéquipiers et son coach qui auront vraiment aimé ce génie du basket. Pendant l’ère des Bad Boys, les Pistons auront vécu ensemble comme une famille, refusant tout compromis et toute pitié. Isiah Thomas en a profité pour développer un lien très fort avec sa ville. Il remportera ainsi le J. Walter Kennedy Citizenship Award en 1987, pour son implication dans l’éducation des communautés défavorisées de Detroit

La carrière d’Isiah Thomas sera riche en succès. Parmi les meilleurs joueur de l’Histoire de la NBA, Zeke doit être considéré comme l’un des meilleurs meneurs de tous les temps. Son palmarès est long comme le bras : Champion NCAA et Meilleur joueur du tournoi en 1981, NBA All-Rookie First Team en 1982, MVP du All-Star Game (84, 86), Meilleur passeur NBA en 1985, All NBA Offensive First Team (84, 85, 86), Champion NBA (1989-1990), MVP des finals (1990), 12 fois All-Star entre 1982 et 1993, Sélectionné parmi les meilleurs joueurs du cinquantenaire de la NBA en 1996… Le joueur sera même intronisé au Hall of Fame en 2000.

Mais 4 ans plus tôt, très précisément le 17 Février 1996, Isiah Thomas connaîtra l’immense honneur de voir son maillot être retiré par les Pistons de Detroit. Symbolisant à merveille la réussite façon col-bleu de Detroit, Thomas est devenu le visage d’une ville et d’une franchise, qui lui auront rendu au centuple. Nul n’imagine Isiah Thomas autrement qu’avec les Pistons. Rien que son palmarès mérite la reconnaissance de la franchise. Mais les titres ne font pas tout, spécialement à Detroit : Isiah Thomas a vu son maillot s’élever dans le ciel grâce à sa volonté, celle-là même qui lui a attiré les foudres de tout un pan de la NBA, qui n voyait en lui qu’un joueur dirty, pas en phase avec les considérations marketing de la Ligue. Isiah Thomas, c’est les Bad Boys qui n’aiment pas Jordan, c’est la revanche des petits, c’est un seul maillot porté toute sa vie et c’est le meilleur joueur de l’Histoire d’une franchise mythique. Plus personne n’a le droit de porter le numéro 11 chez les Pistons, réservé pour l’Éternité à Mr Isiah Thomas.

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