Interview What If, 1ere partie : "Si ça ressemble à la réalité, c'est que j'ai bien fait le boulot"

Semaine spéciale collaboration sur le blog. Vous avez eu la chance de lire hier un article écrit par Val, spécialiste des What If, qui a imaginé une éventuelle venue de Kobe Bryant dans la Motown. Pour poursuivre cette belle collaboration, je lui ai posé quelques questions pour comprendre un peu plus ses motivations, sa façon de travailler et sa passion du basket.
L'entretien étant finalement plus long que prévu, j'ai décidé de partager son interview en deux parties ! On commence par l'explication du concept, pour cerner le personnage. 




PistonsFR : Val, merci d'être sur le blog PistonsFR aujourd'hui et surtout merci pour ton What if spécialement écrit pour nous. Je suis certains qu'après avoir lu ton papier, de nombreux visiteurs vont avoir envie de te connaitre un peu plus. Pour commencer, est-ce que tu peux nous expliquer ton concept "What If" ?

Val-What If : What if est né il y a environ un an. J'avais déjà un blog très peu de temps avant où je postais des trucs qui me passaient dans la tête, sur un peu tous les sujets que je trouvais pertinent. Puis un jour, j'ai revu pour la 15ème fois le "Ball Never Lies" sur Brandon Roy, qui est un joueur que j'adorais quand j'étais plus jeune, et qui m'a pas mal marqué malgré sa trop petite carrière. Et je me suis dit, tiens, ça serait cool de voir ce qu'il aurait pu devenir quand même. J'ai cherché sur internet, j'ai trouvé quelques articles, mais rien qui imaginait réellement le truc. Alors je me suis dit "Bah je vais le faire, ça me fera un article de plus". Et depuis, bah ça a donné tout ça!

PistonsFR :  Je trouve que tes projets What If peuvent se diviser en deux parties : un travail de documentation pour re-situer l'époque et un travail de fiction pour imaginer les événements. Comme tout le monde, je suis impressionné par ton ingéniosité mais je le suis peut-être encore plus par ta contextualisation des événements : chaque situation est parfaitement établie et contextualisée et même la narration, tu la justifie par des éléments réels. D'où ma question : que préfère-tu dans ton travail, la recherche du contexte de l'époque ou refaire l'histoire ?

Val-What If : Dis donc, je n'avais jamais vu ça comme ça ! C'est vrai qu'au début je faisais un peu trop à l'improviste, j'avais l'idée et j'écrivais tout d'une traite. Mais quand ça a commencé à être un peu plus long, il a fallu que je cadre le truc.
Comme j'essaye de ne pas écrire n'importe quoi non plus et de rendre le récit un minimum crédible, tout le travail de recherche autour est vraiment intéressant. Je suis la NBA depuis gamin, mais là ça me permet de me replonger dans une époque, de bien saisir l'ambiance de telle équipe, le ressenti de tel joueur, des choses qui je ne pouvais pas saisir à l'époque, et c'est encore plus le cas pour des trucs encore plus anciens, comme pour l'épisode sur MJ. Après la partie où j'essaye de raconter une autre réalité est tout aussi sympa, mais c'est un autre boulot, plus long et plus difficile parce que justement, j'essaye de rester cohérent. Mais bon, dans l'ensemble c'est un bon kiff général

PistonsFR : Dans tes What If, des protagonistes maudits (Drazen, Yao, les Kings) deviennent enfin des héros. Ta plume te permet-elle aussi de prendre une revanche sur des événements que tu considère comme injustes ? Plus globalement, quel niveau de prise de position t'autorise-tu dans tes écrits ?

Val-What If : Clairement, des fois je m'autorise des petits plaisirs. Mais j'essaye toujours de le faire dans la limite du raisonnable.
L'exemple type, c'est Drazen. Je ne sais pas d'où ça vient, mais je suis littéralement tombé amoureux du joueur quand je l'ai découvert. Quand j'ai fait le What if sur 15 ans de Drazen en NBA, clairement je voulais le faire gagner ! Mais il fallait rester réaliste, à l'époque la concurrence était forte, il n'était pas entouré pour. Donc je le fais gagner plus tard, chez les Kings, avec les retrouvailles avec Divac en clin d'œil.
Sinon plus généralement, j'essaye de ne pas craquer totalement non plus. Les Kings, je les fais gagner dans le What if parce qu'en vrai, si ça passe contre les Lakers, les Nets ne peuvent pas les arrêter. Même quand je modifie des rosters, je ne fais pas au pif, je ne mets pas les joueurs que j'adore, je cherche réellement qui était potentiellement intéressant pour l'équipe, qui aurait pu réellement y atterrir, contre quoi, etc. Globalement j'arrive à trouver quelque chose de réaliste, tout en me faisant plaisir quelque fois, c'est ce qui compte !

PistonsFR : Drazen, parlons-en, pour moi c'est ton What If le plus émouvant, une vraie déclaration d'amour. Le registre émotionnel était important ici mais en faisant un Petrovic qui gagne, tu "écorne" aussi le mythe non ?

Val-What If : Arf, j'espère pas ! Petrovic a beaucoup gagné en Europe, c'était un dieu vivant déjà. Je pense qu'il aurait pu gagner en NBA aussi, mais pas dans les années 90 qui appartiennent à Jordan quoiqu'il arrive. Du coup, le faire gagner sur le tard, un peu comme c'est arrivé à un Payton par exemple, je trouvais que c'était réaliste et que c'était pas une idée hyper farfelue. Après, là où je me suis accordé beaucoup de liberté, c'est sur comment le faire gagner. Mais ça me donnait l'occasion de faire un clin d’œil à l'histoire malheureuse qu'il a eu avec Divac, j'ai pas pu résister ! Puis pour moi, ce qui a de plus frustrant avec Drazen, c'est qu'on connaissait déjà son potentiel, qu'il a commencé à le faire péter, et que tout s'est arrêté d'un coup. C'est pas une question de winner ou de looser pour le coup, c'est une question de mec qui s'est fait barrer la route, et au moment où elle est enfin libre, tout s'effondre.


" Il y a plein de What if en stock où je suis convaincu que ça ne se serait pas bien passé"


PistonsFR : Sans spoiler les futurs lecteurs, la destinée de tes héros est souvent riche de succès. Allez avoue-le, tu aime les histoires qui se finissent bien non ?

Val-What If : C'est une question que je me suis posé il y a pas longtemps figures-toi ! J'ai voulu voir combien de fois j'avais fait gagné les mecs sur qui j'écrivais, mais au final j'ai eu la flemme. Après, c'est surtout que les sujets s'y prêtent. Tu vois sur celui de Vince Carter et T-Mac, ils ne gagnent pas à la fin, parce qu'honnêtement je les voyais pas gagner là-bas. Donc en fait je fais suivant la logique des choses, mais il y a plein de What if en stock où je suis convaincu que ça ne se serait pas bien passé, patience ;)

PistonsFR : Moi j'ai compté et effectivement seuls le premier, le dernier (en date) et celui sur Ray Allen ne finissent pas bien...

Val-What If : Ah ouais, ça fait 3 sur 11, faut que je commence à faire perdre les gens quand même haha !

PistonsFR : Tu es conscient que tes What If sont parfois plus crédibles que la réalité ? Je veux dire Allen qui rate le dernier shoot, c’est juste tellement plus probable !

Val-What If : Le cas de Ray-Ray c'était particulier, parce que j'avais fait un sondage spécial pour déterminer le sujet où j'avais pris que des shoots devenus célèbres. De mémoire, il y avait celui-là, celui de Fisher contre les Spurs, peut-être celui de Jordan aussi. Du coup, ça partait d'un tout petit détail, qui a tout fait chavirer. 
Puis les Spurs, c'est ma came, donc celui-là je l'ai vécu comme une injustice de premier lieu, tu penses bien ! Mais faut se dire aussi que la réalité est quand même cool, parce que je suis persuadé que si les Spurs sont arrivés en 2014 en produisant le plus beau basket collectif qu'on ait vu sur un parquet NBA, ce shoot n'y est pas pour rien !

Si ça ressemble à la réalité, ou qu'on s'en approche, c'est que j'ai bien fait le boulot. Mon but c'est de raconter une histoire différente, mais sans partir dans des délires impossibles. Donc si les gens, en lisant le papier, se disent "Mais ça aurait tellement pu arriver", c'est que j'ai bien bossé.

PistonsFR : Merci de me parler de ton sondage qui m'offre une transition toute trouvée pour cette dernière question de la 1ere partie : comment décide-tu de tes What If ? Par définition, tu rejoue des événements plus ou moins anciens, donc comment te vient l'inspiration, puisque tu ne peux pas t'appuyer sur l'actualité ?

Val-What If : Alors, pour les tout premiers que je faisais, je décidais moi-même. Puis je me suis dit que ça serait pas plus mal de faire participer directement les gens via Twitter en proposant un sondage à chaque fois. Donc je me suis posé tranquillement, j'ai commencé à recenser tous les what if que je pouvais imaginer et j'ai fait une liste sur mon portable. Dès que j'en vois un passer qui peut être intéressant, je le rajoute. Et en faisant comme ça, j'ai réussi à avoir assez de matière pour proposer chaque fois 3 ou 4 propositions aux abonnés, qui peuvent ensuite décider.
Bon, là c'est un peu particulier, parce que mon téléphone ayant décidé de prendre son indépendance il y a quelques temps, j'ai perdu toute ma liste, donc faut que je la refasse petit à petit. Pour le dernier en date, j'avais changé le processus : j'avais demandé aux gens de proposer directement leur what if, et celui qui revenait le plus serait traité. Mais sinon, on reste sur les sondages, ça me permet de limiter tout en permettant aussi aux gens de participer!
Pour l'inspiration, ça dépend de tout. Quand je bosse sur mes articles sur l'histoire des franchises, ça m'aide pas mal parce que chaque équipe a des tonnes d'histoires avec elle, des drafts loupées, des titres manqués, des signatures foirées, ...

Suite de l'interview dès demain où on parlera de son spécial Pistons et de ses projets futurs

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