Pourquoi les Pivots rateront toujours leurs lancer-francs ?


Andre Drummond et les Lancers-Frances | PistonsFr, actualité des Detroit Pistons en France

Le match 4 de play-offs entre Golden State et Portland a offert une scène désormais habituelle en NBA aujourd'hui. Alors que sous l'impulsion du MVP Stephen Curry, les Warriors recollaient au score, tout le monde s'attendait à voir les Splash Brothers mettent la main sur le match. Au lieu de profiter de ce spectacle, les fans du monde entier ont vu... une faute volontaire sur Bogut, pire tireur de lancer-francs de l'équipe. Puis une deuxieme. Puis une troisième.

Steve Kerr - coach of the Year -  a du ordonner à son équipe de riposter sur Moe Harkless, 58% de reussite en carrière. Voila comment le hack-a-shaq est devenu une mode dans cette ligue où les pivots sont régulièrement envoyés sur la ligne alors qu'ils n'ont même pas la balle en main. Kerr qui a déclaré après le match que c'était "la plus stupide des règles de la ligue" a résumé la frustration de milliers de fans qui ont vu 450 lancers-francs volontaires être tirés par les Drummond and Co'. Soit le quotidien d'un fan des Pistons.


"Pratiquez plus" n'est pas un argument valable en NBA


Bill Russell, Wilt Chamberlain , Shaquille O'Neal, Horace Grant , Vin Baker , Dwight Howard et évidemment les Pistons Dennis Rodman et Ben Wallace. Voila un panel de joueur All Star mais à moins de 60% de réussite aux lancer-francs. L’échec chronique aux lancers depuis les années 60 concerne principalement les Bigs Man de la NBA. Pourtant les observateurs - incluant les joueurs qui ne jouent pas aux Pistons (Drummond), Rockets (Howard) ou Clippers (Jordan) - n'hésitent pas une seconde à les enfoncer, sans même chercher à comprendre :



Si vous ne voulez pas recevoir de faute intentionnelle, vous n'avez qu'à travailler vos putains de lancer - Kevin Durant

Bosser vos lancers-francs. Il est irrespectueux pour vous et pour moi qui ait passé. tellement d'heures dans la salle à travailler sur notre tir. ... Nous, nous avons travaillé sur notre métier - Reggie Miller


La théorie des mains et celle de la trajectoire pour expliquer les lancers-francs ?


Malgré tout le professionnalisme de ces deux figures de la NBA, il parait clair de cette analyse est fausse. Une théorie populaire serait que le ballon de basket est relativement petit donc difficile à contrôler pour les mains énormes. Convaincant mais pas sur le terrain : Kawhi Leonard possède  des mains presque aussi massives que celle de Shaquille O'Neal et a pourtant réussit 87,4% de ces lancers la saison dernière. Jamais les analyses réalisées n'arrivent à être probantes. Andrew Nicholson, des Wizards, a les plus grandes mains de la NBA et shoote à 78% en carrière. Michael Carter-Williams, à Milwaukee, qui a les plus petites mains par rapport à sa taille, tire seulement à 69,2%

Ce qui nous amène au coach Hall of Famer Rick Pitino qui croit pourtant en cette théorie au point d’avoir étudié la technique à la cuillère de Rick Barry. A Louisville, Pitino a appris jusqu'à shooter lui-même à 80% avec cette technique avant de montrer à son pivot Chinanu Onuaku comment shooter les lancers-francs à la cuillère jusqu’à arriver. Ainsi Onuaku, 2m08, a vu son pourcentage aux lancers francs passer de 46,7% à 58,9%. Le tout en assumant à fond :



Je ne me soucie pas vraiment ce que les gens pensent. Tant que la balle va dans le panier, ça me convient - Onuaku


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L'Histoire lui a donné raison car le pivot a été drafté en 37eme position cette saison par les Rockets, faisant de lui le premier joueur depuis longtemps à tirer ses lancer à la cuillère.

Mais Michael Beuoy, de Inpredictable.com, a trouvé une autre explication possible pour justifier les mauvais lancer franc des grands. Son analyse a révélée que les grands joueurs ont tendance à avoir plus une trajectoire de tir plus haute, ce qui signifie que la balle se rapproche du cercle plus rapidement car « jetée » de plus haut. Il prend l’exemple du shoot de Dirk Nowitzki qui arrive sur le cercle nettement plus rapidement que celui de Kyrie Irving : 52 cm/seconde contre 48. Si cela n'a pas d'importance quand le shoot est complètement raté, il en est autrement si le ballon attrape le cercle : le tir de Nowitzki rebondira avec plus de force que celui d’Irving. Et les lancers réussit proviennent souvent d’une balle qui rebondit doucement jusqu’à finir son chemin dans le filet.



Trajectoire des lancers-francs | PistonsFr, actualité des Pistons en France
Source : ESPN

L'impact psychologique des lancers-francs sur les pivots ?


A la fin d’un match serré, quand les fans du Palace of Auburn Hills, qui crient comme des fous pour distraire le shooteur adverse, sont respectueusement silencieux lorsque Drummond est sur la ligne, il semble que évident que les Pistons profitent de ce grand avantage. En réalité pas tellement. Les chercheurs Justin Rao et Matt Goldman à la Conférence Sloan MIT en 2012 ont expliqué que c’est l'équipe locale qui voit souvent son pourcentage de réussite aux lancers francs être plus faible dans les matchs à enjeux.

Rao, fils d'un psychologue, explique que le désir de réussir et de plaire aux fans force certains tireurs à faire un effort supplémentaire et de concentration, un effort qui leur fait rater. Les Rockets ont enregistré les progrès d'Howard aux lancers francs, et selon une source de l'équipe il aurait tiré "à plus de 70%" dans le gymnase, pour seulement 48,9% cette saison. A Detroit, Stan Van Gundy a déjà dit qu’Andre Drummond rentrait 65% de ces lancers à l’entrainement, alors que le Piston plafonne à 35,5% cette saison. Au final deux écarts de 30 points.


Si ces gars font beaucoup mieux à l’entrainement qu’en match, c’est que le problème est psychologique - Rao

Drummond à l'entrainement | PistonsFr, actualité des Pistons en France

Drummond est parmi les meilleurs joueurs de la NBA, mais les Pistons sont contraints à le laisser sur le banc pour les fins de matchs serrés afin que les adversaires ne l’envoient pas sur la ligne des lancers. Cela retourne le cerveau de certains :


Je pense juste 'OK, ne fait pas un putain d’air-ball. Tu ne peux pas faire un air-ball. Ne pas le faire, et ce sera OK. Je ne veux pas être dans Shaqtin' A Fool. - D. Jordan

Si on ne connaît pas les raisons de l’échec, on connait leur conséquence: l'humiliation diffusée dans le monde entier.


L'importance de l'image chez les joueurs NBA


Pendant un match, il y a plein de choses que nous pouvons regarder pendant une action. Mais les lancers francs sont la seule fois dans le jeu où tout s'arrête. Tout le monde se concentre sur une seule personne. L’Humiliation peut donc être un puissant moyen de dissuasion. Le 2 Mars 1962, Wilt Chamberlain a marqué 100 points en réussissant 28 lancers francs sur 34. Sur son Podcast, l'auteur Malcolm Gladwell souligne que Chamberlain a raté ses quatre lancers par la technique du shoot à la cuillère. Malgré un record en carrière de 61% de réussite, Wilt est revenu à la prise classique l'année suivante, à cause du risque d’humiliation :


Je me sentais stupide, comme un idiot, en tirant à la cuillère. Je sais que j'avais tort mais je ne pouvais juste pas le faire - Chamberlain

Plus récemment, c'est Shaq qui a repoussé Rick Barry, qui lui proposé de l'aider à s’améliorer grâce à sa technique. Le Big Shaq aurait affirmé : "Je préfère tirer à 0% que shooter à la cuillère". En d'autres termes, Chamberlain et Shaq ont estimé qu'il était plus humiliant de réussir tout en ayant l’air bête que de manquer tout en restant classe.

Ce probleme d'égo, cette peur du ridicule en ratant, Dwight Howard en parle librement :


Parfois pendant deux ou trois matchs, j’étais complétement bloqué. Je commençais à penser tellement à ce sujet que je commençais à tout rater. Je travaillais si dur de ne pas manquer, alors que je les ratais tous.

Le lancer franc est entièrement mental. A l’entrainement, je ne rate pas. A l'échauffement, je ne rate pas. Quand je commence un match, j'entends dire, « Il va manquer », et ça m’influence - Howard

Howard, comme Drummond ou Jordan, a peur de l'humiliation. L’exposition médiatique et les problèmes cristallisés par le Hack-a-Shaq ne fait qu'aggraver ça.


En raison de toute l'attention portée sur ce détail, notre défaut a été amplifié dans le monde entier. Des enfants dans les camps de basket me disent: « Mon père dit que vous craignez au lancer franc ». D'autres joueurs ont des défauts, mais ils ne sont pas amplifiés de la façon dont les lancers francs le sont.

En Orlando, en début de sa carrière, Howard a embauché un psychologue sportif personnel qui travaillait auparavant avec Tiger Woods. Pire, il a essayé de chanter des chansons dans sa tête pour rester concentré.



J’avais l'habitude de chanter des chansons de Beyoncé, c’était mon truc. Je lui en ait parlé quand je l'ai vu.


Du pivot des Pistons au sniper de l'armée US


Les joueurs naturellement talentueux comme Reggie Miller ou Steph Curry n'ont pas à se soucier de ce que les gens pensent d’eux. Drummond et Jordan eux prient essentiellement pour que personne ne se moque d’eux. Voilà peut être la meilleure leçon : quand il arrive le moment de shooter un lancer franc, il est préférable d'accepter l'échec et apprendre à ne pas avoir peur.

C’est essentiellement l'enseignement des snipers d’élite de l’armée US. Comme les joueurs NBA, ils doivent effectuer une tâche qui nécessite calme et concentration au milieu d’un environnement riche en intensité. Pour lutter contre cela, ils apprennent à synchroniser leur respiration avec un rythme cardiaque lent pour atteindre l'immobilité maximale. Ils l'appellent «breathing down » : une fois calme, ils ont environ 1,5 seconde avant que leur cerveau réclame une respiration, réduisant leur effort à néant.

Concentration des Snipers US | PistonsFr, actualité des Pistosn en France

Il faut comprendre que même les personnes les plus qualifiés, qui réalisent des exploits impossibles rencontrent parfois des ennuis. "Je travaille cette chose et cette chose maintenant et - aie, je viens de rater ici, maintenant je ne pense plus qu'à cela. Et il devient ainsi plus compliqué de garder la tête hors de l'eau.

ESPN nous explique que les pivots peuvent faire un geste 1000 fois, mais quand tout d'un coup Drummond ou Howard se retrouvent sur la ligne et que les gens commentent leur geste, c’est là que l’instant bascule. Il faudra aux pivots NBA une force mentale extraordinaire, un travail sur leur humilité et leur ego pour lutter contre leurs désavantages physiques. D’ici là on continuera à crier contre leur manque d’entrainement et de pester contre leurs millions de dollars. Probablement à tort.

Traduction librement inspirée de l'article Drowning in a sea of bricks: Why NBA bigs struggle at the line -- and always will par ESPN

3 commentaires:

  1. […] Départ de Horford et de son importance dans le vestiaire, et arrivée de Dwight Howard avec ses briques aux lancers-francs. Les Hawks doivent ainsi se redécouvrir une équipe, tout en essayant de franchir un pallier. […]

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  2. […] Là où le bat blesse selon Basketball Insiders, c’est au niveau de l’adresse. Selon l’article, Reggie Jackson a même raté le All Star Game pour cette unique raison. Les Pistons sont décrits comme globalement maladroits avec leur 49% de réussite aux tirs. La dernière critique revient à l’affreux pourcentage d’Andre Drummond aux lancers-francs. Si BI lui conseille la méthode de Rick Barry, nous avons déjà prouvé que les grands ne pouvaient pas s’améliorer. […]

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  3. […] ? Cette déclaration nous fait malheureusement penser à Dwight Howard qui avait un temps chanté du Beyonce dans sa tête au moment d’aller sur la ligne. Les coachs à Detroit font devoir s’accrocher pour […]

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